samedi 3 janvier 2026

Repenser la rationalité. C'est une urgence dit Étienne Klein qui ne comprend plus rien de ses concitoyens. Lui qui parie sur la science pour faire avancer les consciences.

Il faut en effet repenser la capacité culturelle de rationalité face à des manifestations, drogue et réseaux qui privilégient le naturel et favorisent la dérèglementation. Les hors-la-loi, les mafieux sont partout jusque dans les gouvernements qui bannissent les chercheurs de la cité et discréditent les universités.

On n'apprend pas à parler aux singes, disait un inspecteur de l'éducation nationale qui me prenait pour un cuistre et un pédant médiationniste. En arrière plan leur position était claire : l'enseignement des arts plastiques pour favoriser la création n'a pas besoin de sciences humaines trop pointues, trop compliquées pour être absorbées par les petites têtes à qui suffit d'être imaginatifs et habiles de leur main. Bref, il me remettait en place, c'est à dire en arts plastiques et hors de ce que d'autres qualifiaient encore de secte sans pouvoir désigner proprement l'anthropologie clinique puisqu'ils n'avaient pas mis les pieds dans les lieux de son enseignement, lu pas grand chose et seulement écouté à son propos les ragots des colporteurs de l'université.

Tout cela est loin maintenant mais très actuel par les enjeux sociétaux que pose l'individualisme et l'envie d'une liberté mal digérée. Le droit, faussement désigné, de tout dire, de tout faire sans entraves, notamment celles qui balisent le raisonnement et la réflexion ; ce qui serait ringard et réservé aux vieux c... , voire, aux malades...

L'hypocondriaque, le vieux ronchon répond — même s'il a conscience de prêcher dans le désert — .

Et quoi qu'il en soit, revenons sur la « déconstruction » au sens de Jean Gagnepain et non celui de « critique » promu par Jacques Derrida à partir de la littérature.

À la base, il y a la patience du chercheur qui ne se contente pas de l'objet conçu propre au langage et à la représentation. Les incursions du linguiste dans le pathologique, avec l'aide de son acolyte neurologue Olivier Sabouraud, ont permis d'ouvrir le champ du rationnel et d'y inclure ce qui paraît même irrationnel. 

Repenser la rationalité dans ces conditions revient à sortir provisoirement (encore une expérience de pensée à la Étienne Klein) du rapport à l'objet scientifique ou pas, à l'image et au langage qui ne peut que désigner un monde de représentations. Il ne s'agit pas d'exclure les mots et leurs choses : le langage fonde la science et la logique, mais l'art et la technique les produisent, les institutions les font exister socialement, et la liberté est n'est forte que de ses lois et règlements.

Il ne s'agit pas de convaincre mais de proposer en exemple une méthode jusqu'à explorer les conséquences des analyses qu'elle inaugure.

Vive la médiation en cette nouvelle année 2026 qui sera vraiment neuve par la prise en compte de l'anthropologie clinique et de ses avancées dans le rapport au langage, l'art, la société et le droit. Pour en savoir mieux : voir le site de l'institut Jean Gagnepain et celui de tétralogiques.





vendredi 7 novembre 2025


     Il paraît gigantesque, ce n’est qu’un abreuvoir pour moutons. Le fait de le nommer ainsi me fait voir...
    Notamment les arbres perdus dans ce désert aqueux et aérien: arbres à voir...
La surface de l’eau est réfléchissante: et le ciel s’y inverse. Ce n’est plus le nom qui me fait voir...
    À vrai dire, je me suis accroupi pour prendre la photo ; j’ai ainsi voulu mettre le ciel en continuité avec l’eau, le temps d’un instant et le temps d’un jour plutôt gris...
    Les arbres semblent émerger ou s’engloutir, c’est selon. émerger, si mon oeil part du point de fuite ; s’engloutir si je fais le chemin inverse...
    Une ligne ambigüe est là, ligne d’horizon et rebord de l’abreuvoir. La chose contient ce que j’y regarde et c’est infini...
    Mais l’abreuvoir fait rétention ; il capitalise une ressource vitale, il assure l’avenir du troupeau et de son gardien. Il contient du futur...
    Nous vivons dans un environnement, nous vivons par notre environnement...
    Les choses ouvragées proposent des modes d’emploi pour le berger et pour moi qui regarde par la photo ce plan d’eau...
    Jérôme Gibson parle d’affordance, la médiation ergologique plus relativiste introduit le concept de formalisation incorporée. C’est que l’analyse technique implicite est fonction de l’activité technique en cours et du constructeur qui la promeut en la regardant par ses techniques et ses visées, pratique, magique, plastique.

07-11-25

mercredi 25 juin 2025

La théorie de la chaussette

    Se questionner quant à savoir ce qu'est l'intelligence des robots ? Autant demander à ma paire de chaussettes quelle est sa théorie ! C'est une chose sûre et une introduction au rapport de protection à la paire de chaussures.

On évite constamment les programmes incorporés aux choses. Non parce qu'on leur préfère l'Intelligence Artificielle promue par le numérique, mais parce qu'ils sont ignorés. Pour la raison principale du privilège accordé aux « moyens techniques ».

Trois confusions sont ordinairement en cause : le moyen et la fin, le but et la fin, l'action et la technique.

  1. On relègue la technique au statut de moyen tant est forte la tentation de faire exister rapidement une maîtrise technique menacée dans son existence par une technique qui nous manipulerait. Dès lors et dans les meilleurs cas, on préfère parler de « dispositifs techniques » ;

  2. Dans les analyses les plus développées, la téléologie d'Émmanuel Kant est souvent invoquée en même temps qu'une fin comprise comme une intention, un but. On reste ainsi éloigné d'une appréhension matérielle de la fin ;

  3. L'action étant confondue avec la technique, on identifie le moyen de l'action, qui cesse d'exister avec la fin de celle-ci avec celui de la technique disponible en permanence.


La conséquence principale est qu'on rate la technique en tant que médiation majeure de l'art. Et ce n'est pas le rappel du « médium » qui excusera l'analyste improvisé.

Plutôt que cette timide considération, une attention aux faits sous les effets est à promouvoir. L'ergologie médiationniste est la seule à prendre en compte ce qui se fait quand on fait, c'est-à-dire le principal.





25-06-25

jeudi 3 avril 2025

Labyrinthe et structure



On rétorquera facilement que le développement de cette confrontation est tué dans l'œuf puisqu'il revient à opposer un objet réel à un objet abstrait.

L'intérêt du labyrinthe ne tient pas qu'au jeu qu'il instaure. A priori, il me paraît proche de la démarche du chercheur un peu perdu dans la forêt de ses propres hypothèses qu'il n'a pas pu vérifier de sorte qu'elles prennent la consistance d'un mur impénétrable. Face à cette construction, il semble qu'il y ait un réseau mental de possibilités qu'il suffit de se représenter pour que s'abolisse les obstacles tant le mythe est présent dans toute pensée par une confiance accordée au mot sur la base d'un critère uniquement logique.

Or précisément, une tétra-logique est en cause qui fait que ce qu'on prend pour objet est aussi une chose ouvragée qui l'excède, un jeu sociétal de gens qui s'amusent à se perdre temporairement et volontairement, enfin, un plaisir de distraction plus ou moins agréable.

Bref, le labyrinthe vaut plus qu'un jeu de l'esprit.

Il vaut surtout comme un trajet au double sens du mot : car un déplacement suit un chemin déjà là et des barrières réelles arrêtent le promeneur. Dans la structure, le penseur peut se référer à des expériences impossibles, les « expériences de pensée » d'Einstein et de Galilée sont célébrées par Etienne Klein. Elles sont probables mais le doute demeure ; le réel qu'elles rencontrent est trop facilement négligeable. Être à cheval sur un rayon de lumière, laisser tomber deux pierres encordées du haut de la tour de Pise sont des expériences sans suivi possible et leur conclusion n'est pas imparable pour qui ne connaît pas l'industrie du vide autrement que par oui-dire.

La chute des corps obéit aux lois physiques : tous les corps quel que soit leur poids tombent dans le vide à la même vitesse. Mais dans l'environnement terrestre des forces de frottement apparaissent et contredisent le physicien fort de sa technique du vide.

L'activité hors laboratoire n'a pas le crédit de celle qui a le secours d'un équipement dédié aux expériences scientifiques. Que le pékin lambda se trompe énormément est un fait, mais ce fait existe en dépit du discernement qui l'écarte.

Conclusion : faire avec les choses telles qu'elles font ne conduit pas à la vérité absolue ; le relatif où vit le citoyen « moyen » agit sur ses pensées comme sur son être et sa vie comme sur son vouloir. Cette schématique et cybernétique discrètes sont à prendre en compte pour passer de la philosophie de l'homme de bien à l'anthropologie du tel quel.



Labyrinthe inachevé


Le parcours de la gouge dans ce labyrinthe en vue butte contre des talus, murs de plus en plus nombreux qui forment, la fatigue aidant, une forteresse. Le graveur modifie la finalité à atteindre : ce ne sera pas un renoncement mais un projet inachevé de labyrinthe qui rejoindra plus fortement le rapport imagé aux difficultés dans l'ouvrage. Ces difficultés, quelles sont-elles ? Pour graver, le manche ne fait pas seulement partie de la manutention ; il relève d'une protection car, arrondi et élargi, il s'oppose, en force de réaction, à l'avancée de la pointe. Mais la durée du travail contraint néanmoins le graveur à prendre une pause car en plus, il y a cette pointe à juguler par l'index en appui qui constamment dose l'effort et oriente le trait. Ainsi le trajet se modifie : la visée n'est pas toujours amoindrie pour autant : ici, le graveur se met à détourer le cloisonnement ; il a perçu que le champlevé qui reste à faire pouvait produire l'image d'un noyau dur à mettre en évidence, cette forteresse invoquée.

La performance errante des mises en actions du disponible technique me fait penser que la production s'oppose à la fabrication comme le labyrinthe à la structure.


vendredi 21 février 2025

Les traversées




Ce plancher a connu bien des gens ; 
lieu commun d’actions de toutes sortes 
qui ont aussi traversé les sujets.
Il n'est pas que dans la foule 
que nous sommes agents de moyens
qui ont été mobilisés ailleurs 
pour des transactions 
qui aboutissent à une fin qui nous échappe.
Les collaborations involontaires 
sont nombreuses. 
Revendiquer le statut d'auteur, 
pour avoir une certaine légitimité
 indépendamment de l'arbitraire 
qui l'autorise à peu de frais. 
La singularité du fait plastique 
ne peut ignorer les fournisseurs 
de l'ouvrage qui ont oeuvrer à leur insu 
en apportant qui une teinte, 
qui un degré de saturation 
ou de luminosité ou de pastosité
pour ne parler 
que des couleurs en peinture.
Quant à la gravure, 
telle qu’elle se montre par ce plancher, 
on retiendra le fait que des sabots 
puis des souliers crottés 
ayant marqué les champs et marqués d’eux 
ont garni de poussière 
les interstices des lattes du parquet. 
Et suite à une restauration de l’habitat, 
voilà que les lattes sont jetées dehors en tas 
puis laissées là dans le jardin
donnant le temps aux graines 
de tomber au sol. 
Un jour, une fois le tas transporté à la déchetterie
et la terre découverte
les graines pointent leur germe.
Mais que dire encore 
de ce génome qui traverse les familles et leurs âges ? 
Nos amours y font actions dans des lits
à plus long terme que nos vies.


mercredi 7 août 2024

Atelier de Recherche Technique Babi* Ergole Portes ouvertes 2024

 https://www.calameo.com/rennes-ville-et-metropole/read/005416234befbf2f60705

Atelier de Recherche Technique (A.R.T.) Babi* Ergole 


Des babioles sous nos pieds


Faire pour faire valoir l’ergologie...

...cette ambition est de montrer l’activité telle qu’elle peut avoir lieu n’importe où et n’importe comment. Il ne s’agit donc pas d’Art avec une majuscule, mais plutôt de rechercher une approche de ce qui se fait à notre insu lorsqu’on fait quelque chose.

Le lieu de cet atelier peut vous paraître proche d’un capharnaüm, d'une ressourcerie. Certes, il y a comme on dit du désordre, mais en même temps, c'est le produit d'une diversité de dispositifs techniques. Et par vos regards, vous en avez déjà fait quelque chose. C’est ce moment d'utilisation virtuelle qu'il y a à remettre en cause.

Certes on peut se poser la question : « à quoi ça sert ? », mais rechercher du moyen pour faire d’une chose quelque chose d’autre qui devient fin, cela n’est pas suffisant pour appréhender l’action toujours outillée. Et donc une technique qui n'est pas d'emblée à notre service. Elle apporte son analyse des moyens et des fins. C’est pourquoi le but, la plupart du temps, de cet A.R.T. (atelier de recherches techniques) est de proposer des chantiers pour des productions plus analytiques... 


* L’appellation combine le nom de l’immeuble de l’atelier, Babia Gora, point culminant de Pologne, avec l’ergologie médiationniste.

mercredi 10 avril 2024

Chantier d'ergologie

Hommage à Jean Gagnepain1

Extrait vidéo du chantier d'ergologie du 19 novembre 2023

(captation: Thierry Lefort, mise en ligne Patrice Roturier)

 


En voici le résumé:

Jean Gagnepain, avec son équipe d'enseignants chercheurs, nous a tous fait penser, voire vibrer par son  anthropologie clinique médiationniste, qui fait place distinctement aux capacités humaines naturelles et culturelles de représentation, de manipulation technique, de vie sociale et de décision libre. Il a notamment relevé la part de l'homo faber qui est quotidiennement en nous par une analyse autonome de l'art et de la technique. C'est dans ce cadre spécifique de l'activité que s'insère ce chantier d'ergologie.


La vidéo : des babioles pour analyses

Il est à considérer que les babioles sont à la fois des choses tangibles pour des propositions d'action et des formes techniques abstraites. Leur mobilisation spontanée liée à notre capacité technique se heurte aussitôt au fait réel ; ce qui conduit, de structure en restructuration, à mettre en action d'autres matériaux et dispositifs.

Comme toute chose ouvrée, la babiole fait résistance à l'analyse technique qui pourtant s'y incorpore comme un déjà là. Et si la prise, relative au passage à l'action, est une analyse, elle est en même temps aux prises avec les identités et unités formelles de cette analyse.

Ce chantier est donc l'invitation à une attention au jeu de la structure et de la dialectique, de la fabrication et de la production, de la technique et de l'action, qui fait valoir une double conduite. Toute action prend le risque des contraintes structurelles et des réalités conjoncturelles.

En introduction aux expérimentations proposées avec les babioles, une démonstration avec une boule soumise à des manipulations diverses fait valoir des identités et des unités techniques en terme de matériaux et de dispositifs et surtout leur rencontre avec un plan de table particulier.

La démonstration continue par une attention aux différentes façons de s'y prendre avec des pinces multiprises qui résistent à la manœuvre et interrogent le technicien que nous sommes tous.

Elle se termine par un alignement d'écheveaux divers sur des critères techniques à justifier.

Bref, l'inefficacité, principe fondamental de la technique, revient en leitmotiv.

Le chantier analytique, sorte de jeu, se déroule en trois parties 

Une démonstration, (rapportée par la vidéo) à l'enseigne du camelot de foire, vise à suggérer une approche ergologique ouverte, en amorce de chantiers au pluriel ; 

la seconde partie consiste pour le groupe à se répartir en faces à faces de chaque côté de tables dispersées où l'on manipule et débat en y disposant pour analyse, côte à côte, des babioles tirées de fonds de tiroirs. En aide, des cartes de jeux apportent quelques pistes...

Une fois les discussions de tables terminées, on se rassemble pour remettre en cause les problèmes apparus et leurs questionnements.  

On ne parle pas tous la même technique, c'était attendu.

1- Jean Gagnepain est né le 16 novembre 1923