samedi 10 octobre 2026

En sandwich encore comme chacun en son lit, entre le matelas et les draps.


Me référant à un tronçon de branche à l'écorce marquée de craquelures par la sécheresse, la permanence de l'action naturelle s'impose comme une évidence.

Mais qu'entend-on par action dans ces termes ordinaires ? Des mouvements de tous ordres, du climatique au géologique en passant par ceux du soleil, du feu et de l'eau. Comparé à ces effets, l'action humaine a ceci de spécifique : elle est outillée. On peut opposer les deux actions, mais avant et pour appréhender les performances de l'activité, remettre en cause la séparation du sujet humain de son environnement revient à considérer que le schéma environnemental tel que l'a posé Jean Gagnepain en lieu et place du corps humain, ne peut s'appliquer à l'activité et ses manipulations. Si la technique ne connait pas le statut des moyens et des fins qu'elle emploie, elle est de surcroît indifférente au fait qu'ils peuvent être extérieurs ou intérieurs au sujet. L'activité se constitue par trajets, autrement dit par une organisation des mouvements, leur donnant forme, orientation et fragmentation par changements incessants. Pour échapper à cette inconstance, éviter l'effort propre aux attentions singulièrement requises, la technique offre une capacité de fabrication offrant ainsi du disponible au lieu et place des actions ayant chacune son moyen et sa fin aussi éphémères que l'action elle-même. Malgré cela nous restons tributaires de cette variabilité : s'il n'est d'action qu'outillée, il n'est d'outil que ceux que l'action fait exister ; la détermination opère dans les deux sens.

S'agissant des performances, le constructeur ne peut se départir des actions que le sujet analyse en tant que fait externe : l'action climatique met en cause comme on le dit de l'anthropocène, mais elle implique en même temps un tropos spécifique à l'homo faber.

Les choses telles qu'elles font ne cessent pas d'être humaines d'où que provienne le phénomène, qu'il soit dit naturel ou non.




Me voici maintenant à considérer ce morceau de bois qu'un certain Gepetto voyait bouger...

On parle de cryoclastie pour désigner l'éclatement des roches sous l'effet du gel ; mais la même fragmentation intervient aussi par sécheresse. Me référant à un tronçon de branche à l'écorce marquée, je pourrais aussi bien invoquer la terre des champs cultivés, la boue après le retrait des étendues d'eau. Les craquelures progressent et les envahissements des matières plastiques vont rejoindre, morcellement après morcellement jusqu'à l'état moléculaire, les substrats terrestres, maritimes et aériens.

C'est dans ce contexte qu'émerge ma proposition qui renvoie l'humain, homo faber, à ses efficacités secondaires, qu'on nomme par ailleurs en termes journalistiques, « dommages collatéraux » ou médicaux, « effets secondaires ».

L'activité technique produit toujours plus ou moins que le résultat attendu. En l'occurrence il nous faut, en surplus, digérer les déchets plastiques. Le sandwich aux babioles largement faites de plastique propose au regardeur une digestion difficile : non seulement ce que notre métabolisme n'accepte pas, la cellulose du bois, mais encore les constituants des matières plastiques.

La digestion préconisées consiste à soustraire les matières aux recyclages illusoires et magiques que nos poubelles accueillent : décyclons-les ! (le néologisme n'est pas de moi) le bénéfice étant qu'elles servent ici en stockage (en attendant de trouver le moyen de les éliminer vraiment) à l'analyse de « ce qui se fait quand on fait1 » autrement dit, l'ergologie.

1L'expression est de Jacques Laisis

mercredi 7 octobre 2026

Porte ouverte à demie







    Parmi les sandwichs aux babioles, déjà singuliers, voici un sandwich spécial. Il est doté d'un limiteur d'ouverture. Qu'a-t-on besoin de cet appareil ? Notons que ce type de charnière permet de maintenir un écart entre la partie du dessus et celle du dessous qui porte les ingrédients babiolesques. Ce qui permet de répondre à l'exigence d'une monstration qui prend un certain temps, la durée qu'il faut pour un regard appesanti sur l'alignement opéré.

Une réponse secondaire suit : notre rapport aux babioles ne peut ignorer qu'elles sont promises à la déchetterie et qu'elles polluent notre environnement. On ne peut donc leur ouvrir totalement la porte et les laisser entrer librement dans notre milieu. C'est ce point délicat — le plastique n'est pas que fantastique  ! —  que permet d'exprimer aussi ce limiteur d'ouverture.








samedi 4 juillet 2026

Analyse logique et ergologique


Lorsque la logique implacable défie le sens commun

D'abord on passe à côté du panneau et on n'y prête pas attention : juste un règlement applicable aux conducteurs auto qui passent dans le quartier. On pense alors que certains emplacements sont à leur disposition pour stationner. Puis, on repasse à pied près du même panneau. On a le temps de gamberger. C'est alors qu'on s'embrouille : l'analyse logique prend le dessus.

Car il est dit : « interdit de stationner, sauf aux emplacement prévus à cet effet », et ce n'est plus très clair si l'on rapporte le terme « cet effet » à « interdit de stationner » et non plus à un stationnement supposé par réalisme mais qui n'est pas dans la phrase. « Cet effet » n'est pas grammaticalement le stationnement.

Tout le monde s'en fou et il n'y a que mon grain de folie qui m'incite à penser bizarrement.

Essayons maintenant de transposer cette analyse au plan de l'activité. Ce n'est plus un effet de sens qui est remis en cause mais l'effet d'une action. Le moyen n'est plus raccordé à la fin convenue mais à une fin qui contrecarre le moyen en question. Par exemple une route est là où je peux m'engager d'autant qu'un panneau indique qu'une déviation est établie et qu'une barrière obstrue l'avancée sur la voie où je circule en auto. Pourtant, un détail m'intrigue : le panneau de déviation est pointé vers une fourche où deux voies se présentent et non franchement vers la droite. Quel est le chemin à prendre ?

Suis-je un conducteur schizophrène si je m'attarde à ces considérations ? Mais au juste, quelle est cette interprétation fallacieuse qui me fait hésiter ? À vrai dire, le panneau déviation n'est pas situé sur le bord de la rue à emprunter. Il indique la double possibilité qui m'est offerte pour continuer ma route et il ne m'invite pas à prendre la voie franchement à droite.

Le cas rejoint ce qui arrive plus généralement, lorsque la technique à laquelle on fait habituellement confiance nous conduit à hésiter entre les options qu'elle offre. Et l'on se convainc alors : « c'est possible ». C'est que la technique ne décide pas pour nous et l'escalier qui aboutit au palier ne nous conduit pas jusqu'à la porte que l'on a à ouvrir ; il faut encore marcher dans une direction vers le destinataire qui se trouve derrière cette porte.

Conclusion : la reconnaissance des lieux est une véritable affaire que l'intelligence artificielle résout difficilement. Il ne lui est fournie en tant que donnée que le nom du destinataire et le couloir est long, on doit avancer dans l'obscurité pour voir l'inscription de l'habitant recherché. Tous ces détails ont été négligés comme les néglige le pékin qui s'en va, pedibus cum jambis, avec ses jambes et c'est tout.

L'IA nous amène comme d'ailleurs face au stagiaire en entreprise qui doit apprendre du contremaître, à une décomposition des opérations qui reste ordinairement implicite dans les gestes à faire pour la production.

D'où le « deep learning » où le robot apprend de ses échecs et revient sur ce qu'il a fait, augmentant l'expérience qu'il a acquise d'une parade ou donnée nouvelle, par exemple, un renseignement complémentaire d'un spécialiste. Dès lors, le constructeur lambda réalise combien la technique est compliquée lorsque la conjoncture se présente avec sa singularité inéluctable.




03-07-26

samedi 2 mai 2026

Histoire médiationniste: les quatre planches valent pour les quatre plans abstraits du quartésianisme gagnepanien. Chacune d’elles pousse et des plantes s’élèvent heureusement et heuristiquement à mesure que les recherches se poursuivent.

Les géraniums poussent dans la serre et leurs branches tuteurées, toutes en courbures, jettent des ponts entre les pots.



02-05-2026

samedi 3 janvier 2026

Repenser la rationalité. C'est une urgence dit Étienne Klein qui ne comprend plus rien de ses concitoyens. Lui qui parie sur la science pour faire avancer les consciences.

Il faut en effet repenser la capacité culturelle de rationalité face à des manifestations, drogue et réseaux qui privilégient le naturel et favorisent la dérèglementation. Les hors-la-loi, les mafieux sont partout jusque dans les gouvernements qui bannissent les chercheurs de la cité et discréditent les universités.

On n'apprend pas à parler aux singes, disait un inspecteur de l'éducation nationale qui me prenait pour un cuistre et un pédant médiationniste. En arrière plan leur position était claire : l'enseignement des arts plastiques pour favoriser la création n'a pas besoin de sciences humaines trop pointues, trop compliquées pour être absorbées par les petites têtes à qui suffit d'être imaginatifs et habiles de leur main. Bref, il me remettait en place, c'est à dire en arts plastiques et hors de ce que d'autres qualifiaient encore de secte sans pouvoir désigner proprement l'anthropologie clinique puisqu'ils n'avaient pas mis les pieds dans les lieux de son enseignement, lu pas grand chose et seulement écouté à son propos les ragots des colporteurs de l'université.

Tout cela est loin maintenant mais très actuel par les enjeux sociétaux que pose l'individualisme et l'envie d'une liberté mal digérée. Le droit, faussement désigné, de tout dire, de tout faire sans entraves, notamment celles qui balisent le raisonnement et la réflexion ; ce qui serait ringard et réservé aux vieux c... , voire, aux malades...

L'hypocondriaque, le vieux ronchon répond — même s'il a conscience de prêcher dans le désert — .

Et quoi qu'il en soit, revenons sur la « déconstruction » au sens de Jean Gagnepain et non celui de « critique » promu par Jacques Derrida à partir de la littérature.

À la base, il y a la patience du chercheur qui ne se contente pas de l'objet conçu propre au langage et à la représentation. Les incursions du linguiste dans le pathologique, avec l'aide de son acolyte neurologue Olivier Sabouraud, ont permis d'ouvrir le champ du rationnel et d'y inclure ce qui paraît même irrationnel. 

Repenser la rationalité dans ces conditions revient à sortir provisoirement (encore une expérience de pensée à la Étienne Klein) du rapport à l'objet scientifique ou pas, à l'image et au langage qui ne peut que désigner un monde de représentations. Il ne s'agit pas d'exclure les mots et leurs choses : le langage fonde la science et la logique, mais l'art et la technique les produisent, les institutions les font exister socialement, et la liberté est n'est forte que de ses lois et règlements.

Il ne s'agit pas de convaincre mais de proposer en exemple une méthode jusqu'à explorer les conséquences des analyses qu'elle inaugure.

Vive la médiation en cette nouvelle année 2026 qui sera vraiment neuve par la prise en compte de l'anthropologie clinique et de ses avancées dans le rapport au langage, l'art, la société et le droit. Pour en savoir mieux : voir le site de l'institut Jean Gagnepain et celui de tétralogiques.





vendredi 7 novembre 2025


     Il paraît gigantesque, ce n’est qu’un abreuvoir pour moutons. Le fait de le nommer ainsi me fait voir...
    Notamment les arbres perdus dans ce désert aqueux et aérien: arbres à voir...
La surface de l’eau est réfléchissante: et le ciel s’y inverse. Ce n’est plus le nom qui me fait voir...
    À vrai dire, je me suis accroupi pour prendre la photo ; j’ai ainsi voulu mettre le ciel en continuité avec l’eau, le temps d’un instant et le temps d’un jour plutôt gris...
    Les arbres semblent émerger ou s’engloutir, c’est selon. émerger, si mon oeil part du point de fuite ; s’engloutir si je fais le chemin inverse...
    Une ligne ambigüe est là, ligne d’horizon et rebord de l’abreuvoir. La chose contient ce que j’y regarde et c’est infini...
    Mais l’abreuvoir fait rétention ; il capitalise une ressource vitale, il assure l’avenir du troupeau et de son gardien. Il contient du futur...
    Nous vivons dans un environnement, nous vivons par notre environnement...
    Les choses ouvragées proposent des modes d’emploi pour le berger et pour moi qui regarde par la photo ce plan d’eau...
    Jérôme Gibson parle d’affordance, la médiation ergologique plus relativiste introduit le concept de formalisation incorporée. C’est que l’analyse technique implicite est fonction de l’activité technique en cours et du constructeur qui la promeut en la regardant par ses techniques et ses visées, pratique, magique, plastique.

07-11-25

mercredi 25 juin 2025

La théorie de la chaussette

    Se questionner quant à savoir ce qu'est l'intelligence des robots ? Autant demander à ma paire de chaussettes quelle est sa théorie ! C'est une chose sûre et une introduction au rapport de protection à la paire de chaussures.

On évite constamment les programmes incorporés aux choses. Non parce qu'on leur préfère l'Intelligence Artificielle promue par le numérique, mais parce qu'ils sont ignorés. Pour la raison principale du privilège accordé aux « moyens techniques ».

Trois confusions sont ordinairement en cause : le moyen et la fin, le but et la fin, l'action et la technique.

  1. On relègue la technique au statut de moyen tant est forte la tentation de faire exister rapidement une maîtrise technique menacée dans son existence par une technique qui nous manipulerait. Dès lors et dans les meilleurs cas, on préfère parler de « dispositifs techniques » ;

  2. Dans les analyses les plus développées, la téléologie d'Émmanuel Kant est souvent invoquée en même temps qu'une fin comprise comme une intention, un but. On reste ainsi éloigné d'une appréhension matérielle de la fin ;

  3. L'action étant confondue avec la technique, on identifie le moyen de l'action, qui cesse d'exister avec la fin de celle-ci avec celui de la technique disponible en permanence.


La conséquence principale est qu'on rate la technique en tant que médiation majeure de l'art. Et ce n'est pas le rappel du « médium » qui excusera l'analyste improvisé.

Plutôt que cette timide considération, une attention aux faits sous les effets est à promouvoir. L'ergologie médiationniste est la seule à prendre en compte ce qui se fait quand on fait, c'est-à-dire le principal.





25-06-25