mardi 18 janvier 2022

Les Mots Actionnaires

Les choses ouvragées sont potentiellement en nombre illimité ; l’action les augmente en permanence. Pour autant, et parce que les actions humaines sont outillées, la technique qui les proposent est limitée en qualités et quantités. On retrouve donc, incorporée à chaque matériel, à chaque produit, la même analyse en termes d’identité, d’unité, de similarité et de complémentarité.
"L’actionnaire", qui recueille les mots spécifiques de l'activité, révèle la longueur d’un chemin outillé, celui de l’homo faber. (Nous en sommes à la lettre R)
Réaction:
Agir en anticipant les conséquences, cette attention est spécifique de la praxie où l’action asservit le moyen à la fin, “ce qui n’est pas le propre de la technique”, dit l’ergotrope . Action, technique



On trouvera quelques pages extraites des Mots actonnaires sur le site:



mardi 16 novembre 2021

Non-art et Art

 

Aussi stupide puisse-t-il paraître, l'énoncé d'Allan Kaprow1 : « se brosser les dents quotidiennement a à voir avec l'art », mérite le détour. En jeu, la différence entre Art et art, plus précisément, le rapport axiologique à l'art et l'art lui-même en tant que rationalité spécifique de l'activité. Bref, peu importe ce que fait l'homo faber que nous sommes : ses gestes sont toujours un tant soit peu outillés. Et à considérer cette affirmation, nous gagnerions en compréhension de la technique comme composante à part entière de l'humain et non comme un danger qui nous menace par ses machines rendues incontrôlables et incontrôlées (cf. les réseaux sociaux, le Net et leurs algorithmes en programmes).


1Il le dit en 1986

 


 

samedi 23 janvier 2021

Les ustensiles de Cécile

 L'art naît

Sous le harnais

Loin de l'hardi

Petit gars

Loin de l'ardu

À l'arraché

De l'harassé


L'art bat l'être

Sous le forgeron

Loin du fort

Des vielles halles

Loin du port

Aux dos ronds

Dans l'arbalète


Sur le pont

Du harpon

Chantent les gars

De Locminé

Sam scie

Tom rit

Pas le billot


Crier haro

Sur le traîneau

Comme un niais

Sur le baudet

Gare aux crocs

Gare au garrot

Du coup de collier


Sur le tapis

Le dé roule

Et le jeu

Par coups

Se déroule

Aux hasards

De la nécessité





vendredi 6 novembre 2020

Mots Actionnaires A, B, C, D, E, F

Les éditions du possible communiquent: publication des Mots Actionnaires.

éditions du possible

Ce livre complète des actes de recherche dirigés principalement par l’ergologie.

Gilles le Guennec a publié La Fabrication en Questions en 2015. Bilan de son enseignement des arts plastiques à Rennes 2 lié à une recherche en anthropologie clinique médiationniste qui fait suite à une thèse de doctorat, Fragmentation, soutenue en 1987 et codirigée par Jean Gagnepain et René Passeron. La revue tétralogiques accueille ses articles comme le fit la revue Ramage codirigée par Philippe Bruneau et Pierre-Yves Balut.


 

Ce fascicule F fait suite aux Mots actionnaires A, B, C, D, E, commentaires des mots en rapport avec l’activité, axés sur l’ergologie. 

 


Pour en savoir plus

éditions du possible

jeudi 7 mai 2020

La cage

Le dompteur impuissant



Ce n'est pas une cage
Mais vingt personnages
Qui en imposent l'idée
Par les barreaux d'un banc public
Sauvés de la décomposition
Nous étions assis
Dessus dans le jardin
Insouciants à l'ombre du cerisier
À l'heure du soleil d'été

Verts et bleus
Plantés là entourant un vide
Maintenant une cage
Où le co-vide prend corps
Et dehors, d'où je regarde l'intérieur
Sournois, est la cage

Quant aux chapeaux
ils font entendre
Sortant de leur gibus,
Hauts de forme troués
Un bas conciliabule
Augmentant le silence

L'arbre à barbe se protège
Cette filasse de chanvre
C'est son manteau
Qui se développe, enveloppe
Nos têtes perdues
Soumises à la nature

13-04-20

mercredi 11 décembre 2019

La chaise emmurée




Il s'agit ici de prendre Kosuth à contrepied : au lieu de dire que l'art n'existe que conceptuellement, le fait est que l'art existe indépendamment de tout concept. Et la référence à Marcel Duchamp censée fortifier l'art conceptuel ou l'art sociologique pourrait bien servir à mettre en avant la neutralité fondamentale de l'art en tant qu'il est technique et indifférent aux idées qui l'instrumentalisent pour l'instaurer en société.
Le principe au fondement de l'art réside dans l'inefficacité de la technique, non dans l'impropriété du signe qui catégorise le réel contre la science, non dans l'arbitrarité de la personne qui conditionne l'existence contre la vie.
Ainsi cette chaise liée à un appareil mural, manifeste l'inefficacité d'une technique de repos : certes, la chaise est disponible, mais il reste à la mettre à disposition. C'est toute la différence entre la fabrication et la production : il faut faire un effort pour que le fonctionnement des machines aille dans le sens du service qu'on en attend. La chaise, techniquement n'est pas une catégorie conceptuelle, elle propose abstraitement un pouvoir faire qui n'est pas encore matérialisé en tant que dispositif mis à disposition ; c'est l'instinct propre à l'action qui va arracher la chaise à son abstraction puisqu'il s'agit pour s'assoir de mettre en rapport un fessier avec un siège, ce qui n'est pas immédiat.
En somme et pour revenir à Kosuth qui se fit connaître par ses trois et une chaise ‒ la définition du dictionnaire, la photographie de la chaise et la chaise réelle, ces trois réalités pouvant être identifiées à la catégorie chaise, ce qui fait quatre chaises au total ‒ il existe une cinquième chaise qui se passe de mot pour entrer dans l’action technique. Et pour compléter le tableau, une sixième qui  se rapporte au trône, à la cathedra emblème et insigne du pouvoir, une septième pour prendre en compte le bienfait du repos qu’elle apporte quand elle n’entrave pas le projet de l’enfant jugé « trop remuant » ‒ l’injonction « assieds toi ! » suffit à l’évoquer ‒.
Bref, au-delà de ces trois et une chaise, ce sont quatre médiations qui la forment, celle du langage, de l’art, de la société et du droit qui mettent la chaise à distance pour constituer une quadruple réalité.

samedi 16 novembre 2019

Allongé / Debout


Homo erectus doit à homo faber l'assurance d'un plan de sol : ainsi il n'est plus obligé de faire attention à chacun de ses pas . Cette proposition un tantinet fictionnelle me vient de la confrontation du chariot du « facto Thom » (homo faber) avec l'estampe « sur le plancher sûr » (homo erectus).
Ces deux hommes nus sont néanmoins techniciens, chacun à leur façon : se tenir debout est une chose avancer sur le sol en est une autre et le plancher forme la marche déterminant une assurance, une sécurité. La silhouette horizontale figure l'homme allongé qui ignore le plancher bien qu'il en fasse partie : il en est même constitué, mais en négatif. Cette négation du matériel est propre au technicien qui se constitue de sa capacité d'outil. Des câbles nus, sans babiole contrairement aux autres pièces de l'exposition sous tendent le vide. Une tension et l'image dynamique de la flèche apparaît. Bref, en potentiel signalisé, la fabrication sous tend le « facto Thom ». À l'inverse, la figure verticale de l'estampe est liée au plancher, gravure en creux pour une impression en relief, elle affiche une matérialité et une présence qui ne se sépare pas du plancher. Elle paraît d'autant moins dématérialisée que le plancher n'est pas imprimé uniformément : les hauteurs des lattes sont irrégulières et induisent des variations en valeurs allant du noir au blanc. Le fait mérite d'être développé : il souligne l'homogénéité technique introduite dans le rapport au réel par négligence des particularités physiques : le plancher de bois constitué en unité ignore les variations internes de ses lattes de hauteurs inégales. Qu'importe, de la sûreté est produite. Mais elle l'est, et nous touchons aux limites de l'outil, par un planage inefficace, qui apporte des problèmes supplémentaires d'entretien et de nettoyage. Ainsi la figure s'inscrit plutôt dans le rapport à une production préoccupant le constructeur de trouver une parade à l'inadéquation fondamentale de ce qu'il utilise pourtant. De loin, les pieds se perdent et le bonhomme en cause apparaît plutôt monté sur deux échasses, des triques qui neutralisent l'irrégularité du sol.
Le chariot du facto Thom

Sur le chariot à 12 roues, 12 formes de croix composées chacune de 4 empreintes de pochoir de teintes différentes. Une dodécachromie se présente ainsi, gamme de tons tirée arbitrairement d'une vignette de Pinocchio, de type Walt Disney et surprise « vache qui rit ». Le nombre est choisi pour deux raisons principales : il veut détrôner des critères d'harmonie un peu trop absolutistes et oublieux de tout ce qui fait la relativité des couleurs, ensuite, ce sont douze entrées pour douze entités techniques : Les 8 liés aux deux faces, deux axes et leur projection réciproque de l'outil et les quatre autres, la dialectique : action et technique ( outil et instrument), et les trois modalités de la production, l'emprie (le pratique), le magique, le plastique. On peut encore référer les croix (pour aller vite car ce sont 4 empreintes qui ne se croisent pas et encadrent un vide central) aux babioles souvent de couleurs vives liées aux matières plastiques.
Sur le plancher sûr