jeudi 7 mai 2020

La cage

Le dompteur impuissant



Ce n'est pas une cage
Mais vingt personnages
Qui en imposent l'idée
Par les barreaux d'un banc public
Sauvés de la décomposition
Nous étions assis
Dessus dans le jardin
Insouciants à l'ombre du cerisier
À l'heure du soleil d'été

Verts et bleus
Plantés là entourant un vide
Maintenant une cage
Où le co-vide prend corps
Et dehors, d'où je regarde l'intérieur
Sournois, est la cage

Quant aux chapeaux
ils font entendre
Sortant de leur gibus,
Hauts de forme troués
Un bas conciliabule
Augmentant le silence

L'arbre à barbe se protège
Cette filasse de chanvre
C'est son manteau
Qui se développe, enveloppe
Nos têtes perdues
Soumises à la nature

13-04-20

mercredi 11 décembre 2019

La chaise emmurée




Il s'agit ici de prendre Kosuth à contrepied : au lieu de dire que l'art n'existe que conceptuellement, le fait est que l'art existe indépendamment de tout concept. Et la référence à Marcel Duchamp censée fortifier l'art conceptuel ou l'art sociologique pourrait bien servir à mettre en avant la neutralité fondamentale de l'art en tant qu'il est technique et indifférent aux idées qui l'instrumentalisent pour l'instaurer en société.
Le principe au fondement de l'art réside dans l'inefficacité de la technique, non dans l'impropriété du signe qui catégorise le réel contre la science, non dans l'arbitrarité de la personne qui conditionne l'existence contre la vie.
Ainsi cette chaise liée à un appareil mural, manifeste l'inefficacité d'une technique de repos : certes, la chaise est disponible, mais il reste à la mettre à disposition. C'est toute la différence entre la fabrication et la production : il faut faire un effort pour que le fonctionnement des machines aille dans le sens du service qu'on en attend. La chaise, techniquement n'est pas une catégorie conceptuelle, elle propose abstraitement un pouvoir faire qui n'est pas encore matérialisé en tant que dispositif mis à disposition ; c'est l'instinct propre à l'action qui va arracher la chaise à son abstraction puisqu'il s'agit pour s'assoir de mettre en rapport un fessier avec un siège, ce qui n'est pas immédiat.
En somme et pour revenir à Kosuth qui se fit connaître par ses trois et une chaise ‒ la définition du dictionnaire, la photographie de la chaise et la chaise réelle, ces trois réalités pouvant être identifiées à la catégorie chaise, ce qui fait quatre chaises au total ‒ il existe une cinquième chaise qui se passe de mot pour entrer dans l’action technique. Et pour compléter le tableau, une sixième qui  se rapporte au trône, à la cathedra emblème et insigne du pouvoir, une septième pour prendre en compte le bienfait du repos qu’elle apporte quand elle n’entrave pas le projet de l’enfant jugé « trop remuant » ‒ l’injonction « assieds toi ! » suffit à l’évoquer ‒.
Bref, au-delà de ces trois et une chaise, ce sont quatre médiations qui la forment, celle du langage, de l’art, de la société et du droit qui mettent la chaise à distance pour constituer une quadruple réalité.

samedi 16 novembre 2019

Allongé / Debout


Homo erectus doit à homo faber l'assurance d'un plan de sol : ainsi il n'est plus obligé de faire attention à chacun de ses pas . Cette proposition un tantinet fictionnelle me vient de la confrontation du chariot du « facto Thom » (homo faber) avec l'estampe « sur le plancher sûr » (homo erectus).
Ces deux hommes nus sont néanmoins techniciens, chacun à leur façon : se tenir debout est une chose avancer sur le sol en est une autre et le plancher forme la marche déterminant une assurance, une sécurité. La silhouette horizontale figure l'homme allongé qui ignore le plancher bien qu'il en fasse partie : il en est même constitué, mais en négatif. Cette négation du matériel est propre au technicien qui se constitue de sa capacité d'outil. Des câbles nus, sans babiole contrairement aux autres pièces de l'exposition sous tendent le vide. Une tension et l'image dynamique de la flèche apparaît. Bref, en potentiel signalisé, la fabrication sous tend le « facto Thom ». À l'inverse, la figure verticale de l'estampe est liée au plancher, gravure en creux pour une impression en relief, elle affiche une matérialité et une présence qui ne se sépare pas du plancher. Elle paraît d'autant moins dématérialisée que le plancher n'est pas imprimé uniformément : les hauteurs des lattes sont irrégulières et induisent des variations en valeurs allant du noir au blanc. Le fait mérite d'être développé : il souligne l'homogénéité technique introduite dans le rapport au réel par négligence des particularités physiques : le plancher de bois constitué en unité ignore les variations internes de ses lattes de hauteurs inégales. Qu'importe, de la sûreté est produite. Mais elle l'est, et nous touchons aux limites de l'outil, par un planage inefficace, qui apporte des problèmes supplémentaires d'entretien et de nettoyage. Ainsi la figure s'inscrit plutôt dans le rapport à une production préoccupant le constructeur de trouver une parade à l'inadéquation fondamentale de ce qu'il utilise pourtant. De loin, les pieds se perdent et le bonhomme en cause apparaît plutôt monté sur deux échasses, des triques qui neutralisent l'irrégularité du sol.
Le chariot du facto Thom

Sur le chariot à 12 roues, 12 formes de croix composées chacune de 4 empreintes de pochoir de teintes différentes. Une dodécachromie se présente ainsi, gamme de tons tirée arbitrairement d'une vignette de Pinocchio, de type Walt Disney et surprise « vache qui rit ». Le nombre est choisi pour deux raisons principales : il veut détrôner des critères d'harmonie un peu trop absolutistes et oublieux de tout ce qui fait la relativité des couleurs, ensuite, ce sont douze entrées pour douze entités techniques : Les 8 liés aux deux faces, deux axes et leur projection réciproque de l'outil et les quatre autres, la dialectique : action et technique ( outil et instrument), et les trois modalités de la production, l'emprie (le pratique), le magique, le plastique. On peut encore référer les croix (pour aller vite car ce sont 4 empreintes qui ne se croisent pas et encadrent un vide central) aux babioles souvent de couleurs vives liées aux matières plastiques.
Sur le plancher sûr


vendredi 8 novembre 2019

Le jeu des queues transposé aux babioles


À la racine de l'art


C'est Albert Barrère1 qui rapporte l'invention des enfants :
à moins que ce ne soit l'inverse...il a révélé le jeu des queues des enfants déjà existant.

Toujours est-il que la suite non-opérationnelle de babioles alignées par le seul principe de l'identité partielle, reprend une figure de rhétorique, celle des métaphores in absentia opposées à celles in praesentia.



À la racine de l'art fait défiler une suite de babioles en deux vagues qu'on peut maintenant reconsidérer :
Membrane, gomme, paraffine en bougie, capuchon de bouteille , capuchon de plot, sachet de café, sachet de friandise brillant, bracelet à grelot doré, boucle de ceinture brillante, verre de lunette, étui avec transparent, lettre brillante, etc.
Comment, par quel critère passer d'une babiole à une autre ?
De la membrane à la gomme, on peut retenir une souplesse qui traverse tous les caoutchoucs. Mais la contrainte se ressert : nulle souplesse par la paraffine...
Il faut donc penser à un réaménagement : la gomme d'abord, puis la membrane qui fait opercule, puis l'opercule de paraffine, puis la bougie, etc.
Des sauts interviennent par le fait que l'ustensile offre des identités et des unités au pluriel : la membrane devient opercule par son étanchéité et sa forme, si elle est mise à côté de l'opercule de paraffine, puis l'opercule de paraffine se rapproche de la bougie en raison de sa combustibilité.
Listes exhaustives :
  1. Gomme, membrane, opercule de paraffine, paraffine en bougie, capuchon de bouteille, capuchon de plot, sachet de café, sachet de friandise brillant, bracelet à grelot doré, boucle de ceinture brillante, verre de lunette, étui avec transparent, lettre brillante, parasol miniature brillant en pointe rouge, buse avec bouchon en pointe rouge à vis, bouchon à vis, muselet avec opercule, diapositive.
  2. Sachet de tisane transparent, tube transparent avec bouchon, capsule métallique, fermeture de buse, opercule de boîte de café avec rebord, couvercle de boîte, opercule de cartouche, bouchon de bonde d'évier, marionnette à doigt avec chapeau, ventouse, coiffe d'angle triangulaire, capuchon de plot de batterie, étui à cachets comprimés, cartouche d'encre pour imprimante

1Dictionnaire d'argot, 1889. Exemple donné par lui : tu m'épates, pattes de mouche, mouche de miel, ...

lundi 21 octobre 2019


Allongé / debout


Homo erectus doit à homo faber l'assurance d'un plan de sol : ainsi il n'est plus obligé de faire attention à chacun de ses pas . Cette proposition un tantinet fictionnelle me vient de la confrontation du chariot du « facto Thom » (homo faber) avec l'estampe « sur le plancher sûr » (homo erectus).


Ces deux hommes nus sont néanmoins techniciens, chacun à leur façon : se tenir debout est une chose avancer sur le sol en est une autre et le plancher forme la marche déterminant une assurance, une sécurité. La silhouette horizontale figure l'homme allongé qui ignore le plancher bien qu'il en fasse partie : il en est même constitué, mais en négatif. Cette négation du matériel est propre au technicien qui se constitue de sa capacité d'outil. Des câbles nus, sans babiole contrairement aux autres pièces de l'exposition sous tendent le vide. Une tension et l'image dynamique de la flèche apparaît. Bref, en potentiel signalisé, la fabrication sous tend le « facto Thom ». À l'inverse, la figure verticale de l'estampe est liée au plancher, gravure en creux pour une impression en relief, elle affiche une matérialité et une présence qui ne se sépare pas du plancher. Elle paraît d'autant moins dématérialisée que le plancher n'est pas imprimé uniformément : les hauteurs des lattes sont irrégulières et induisent des variations en valeurs allant du noir au blanc. Le fait mérite d'être développé : il souligne l'homogénéité technique introduite dans le rapport au réel par négligence des particularités physiques : le plancher de bois constitué en unité ignore les variations internes de ses lattes de hauteurs inégales. Qu'importe, de la sûreté est produite. Mais elle l'est, et nous touchons aux limites de l'outil, par un planage inefficace, qui apporte des problèmes supplémentaires d'entretien et de nettoyage. Ainsi la figure s'inscrit plutôt dans le rapport à une production préoccupant le constructeur de trouver une parade à l'inadéquation fondamentale de ce qu'il utilise pourtant. De loin, les pieds se perdent et le bonhomme en cause apparaît plutôt monté sur deux échasses, des triques qui neutralisent l'irrégularité du sol.


Sur le chariot à 12 roues, 12 formes de croix composées chacune de 4 empreintes de pochoir de teintes différentes. Une dodécachromie se présente ainsi, gamme de tons tirée arbitrairement d'une vignette de Pinocchio, de type Walt Disney et surprise « vache qui rit ». Le nombre est choisi pour deux raisons principales : il veut détrôner des critères d'harmonie un peu trop absolutistes et oublieux de tout ce qui fait la relativité des couleurs, ensuite, ce sont douze entrées pour douze entités techniques : Les 8 liés aux deux faces, deux axes et leur projection réciproque de l'outil et les quatre autres, la dialectique : action et technique ( outil et instrument), et les trois modalités de la production, l'emprie (le pratique), le magique, le plastique. On peut encore référer les croix (pour aller vite car ce sont 4 empreintes qui ne se croisent pas et encadrent un vide central) aux babioles souvent de couleurs vives liées aux matières plastiques.

Dans le cadre de l'ADAM, http://www.net1901.org/association/ASSOCIATION-POUR-LE-DEVELOPPEMENT-DE-LANTHROPOLOGIE-MEDIATIONNISTE-ADAM,2577291.html, une séance de diaporamas aura lieu le 13 novembre 2019 de 20 h à 22 h au FJT St Joseph de Préville à Rennes. Elle aura pour objet, une présentation de l'exposition réalisée à Bazouges la Pérouse ce dernier printemps 2019 en hommage à Jean Gagnepain et plus spécifiquement en rapport avec l'ergologie.
La soirée vous attend car il s'agira pour ma part de faire valoir une production qui se veut analytique à travers 85 pièces (si nous avons le temps) et de susciter vos commentaires en termes de questions et/ou de réponses.
Pour préparer la rencontre, voici un lien vers un des deux diaporamas :

mercredi 26 juin 2019

Ergo


La lithographie réalisée au musée de l'imprimerie de Nantes avec l'aide d'un maître imprimeur, Philippe Bretaudeau, fait valoir ce qui est redouté en impression, à savoir le glissement sur la presse de l'imprimant ou de l'imprimé. « Ergo »1 est l'exemple d'une attention soucieuse prêtée aux déterminations discrètes de la conduite technique.
« Relevons les babioles », exposition réalisée à Bazouges la Pérouse du 17 mars au 26 mai 2019 est le projet d'arrière plan de cette lithographie.
Les babioles renvoient aux gestes délaissés du banal quotidien. Malgré leur envahissement, elles restent dans l'ordre du trivial. Un travail s'impose pour mettre en lumière cette organisation qu'elles matérialisent. Puisque ce sont nos faits et gestes qui sont ainsi programmés, manipulant dans l'ombre l'homo faber depuis qu'il existe.
Il n'est pas dans mon intention de séparer l'art de la vie, ni des conventions ni bien sûr des représentations2. Mais d'extraire le ressort principal et technique pour appréhender ce qui se fait sans inventeur.
Peut-être, l'inventeur prend-il ensuite en relai la trouvaille.
Ce qui ressemble à de l'infâme, à de la déchetterie n'est pas trompeur par volonté délibérée. « Ça » trompe par effet de mode. La prédilection pour la sauvegarde écologique masque les démêlées d'un technicien qui loin de maîtriser ses techniques n'en reconnaît pas leurs pouvoirs au-delà de sa volonté et en deçà. 

1De ergologie, ergotropie.
2Ajoutons : ni d'esprit fumiste ni de provocation ni de scandale ni de parodie ni de farce ni de surréalisme ni d'idiotie ni de bêtise ni d'intelligence ni de pipe qui devient un fusil ni d'ange ni de poule ni de Diogène ni de voyou ni de poésie par contrastes ni de Christ à tête d'âne ni d'insulte aux animaux ni de caresses ni d'invectives ni de ce qu'il faut ni d'art jeune sous le niveau...peut-être d'archéologie.

vendredi 26 avril 2019

L'arbre à barbe reconstruit


L'arbre à barbe reconstruit



Quel sens donner à ces pièces d'appareil déposées au pied du stipe de palmier ?
Irruption du matériel humain dans la nature, introduction à reconsidérer à la lumière de notre capacité technique incapable de toucher à « la vraie nature » comme le suggère tout le grand œuvre de Gloria Friedmann.
Incapacité fondatrice qui produit un environnement toujours artificiel et donc naturé plus que naturel.


Ces palmiers-chanvre ont été introduits revenant des pays d'Orient par les navigateurs dans les jardins de l'Europe occidentale. Ce qui suppose la technique de navigation. Saluons au passage Robert Fortune, un botaniste anglais qui rapporta les graines de Chine vers 1850. Dans nos régions, au début de ses implantations, le palmier devint l'emblème de la navigation au long cours et les jardins de cap horniers se signalisaient ainsi comme une marque d'honneur rendu au marin courageux. Du coup, ailleurs que dans ces jardins, les stipes de palmier-chanvre pouvaient paraître comme des pousses incongrues, des prétentions faciles sinon de l'usurpation de titre.
Revenons à ces pièces issues d'un démontage d'étiqueteuse-embouteilleuse : elles sont lourdes et peuvent par leur poids, en appui tout autour de la base, construire un socle pour le tronc. L'idée m'est venue de Bernard Pagès qui eut recours dans quelques unes de ses sculptures à des lettres typographiques agrandies pour faire tenir debout des sortes de mâts.
J'ai préféré consolider l'édifice à l'aide de câbles ; ce qui en fait des agrès de navire, en cohérence avec l'image de la navigation à voile.
On y a suspendu des babioles, des objets usuels légers sans valeur vénale, qui gagnent leur valeur du seul fait qu'on les aligne par principe technique. Ils sont maintenant décrochés et les câbles sont là disponibles, en attente de nouveaux emplois, comme l'est notre potentiel technique. Abstractions-concrètes, le mot est de Pierre Soulages, signalisant un pouvoir faire, le câble devient l'emblème de notre relation aux choses qui font à notre place et que le constructeur tend à employer efficacement.
Un autre tronc trône dans le milieu de l'exposition, en hommage à Jean Gagnepain, que j'ai baptisé l'arbre glabre ; j'aurai pu dire l'arbre chauve : c'eût été trop facile. Il ne s'agit pas de rendre l'élocution difficile, mais d'aller plus lentement dans l'appréhension des choses et devant la réalité du faire, de réaliser que les mots sont en difficulté.



26-04-19