mercredi 13 décembre 2017

Du temps pour les réponses à faire

Du temps pour les réponses

À rebours de la perspective du doute systématique propre à la science et consistant à toujours se poser des questions, cette ergologie médiationniste pose des réponses.
Pourquoi est-il légitime de finaliser ainsi la recherche et de se limiter dans une perspective qui se ferme au risque de l'enfermement ? Vouloir aller au fait de la réponse n'est pas de l'impatience : lorsque la question est mûrement posée, c'est à dire avec les garanties de la réflexion logique, il faut s'interdire de la remettre en cause jusqu'à ce que la réponse soit trouvée. Principe simple pourtant battu en brèche non seulement par la prise en compte de se qui se passe ailleurs qui vient perturber le cours normal de la recherche, mais surtout par l'irrépressible besoin de reconnaissance qui oblige à répondre à tout.
La limitation nécessaire et sereine consiste à développer l'expérimentation qui permettra ou non de valider la question. Que celle-ci soit mal posée, qu'une autre formulation se présente ne peut bouleverser constamment le programme test. Les chercheurs qui ont en charge de valider ou non leurs hypothèses ne sont pas ceux qui les écoutent et dont l'activité n'est pas scientifique mais technique et pratique. Il ne s'agit pas, du point de vue de ces praticiens attentifs aux avancées de la science, de tenir pour des vérités absolues les catégories nouvellement avancées mais de mettre en place des expérimentations qui ne se payent pas de mots fussent-ils logiques mais qui ont le souci des faits. L'ergologue a sa raison qui s'auto-limite à la rationalité grammaticale et rhétorique du langage ; l'ergotrope est en droit de rechercher une production qui rejoindrait ou non l'analyse et ses entités que la logique du langage a dégagées.
Parler de ce qui se fait par défiance vis à vis de la rationalisation rhétorique, ce n'est pas faire pour montrer ce qui se fait. Certes, les mots viendront mais en leur temps. Et donc, il s'agit de taire provisoirement les commentaires.



Maintenant que la méthode est précisée, il y a à qualifier ce qui intervient quand il se passe quelque chose . Et à ce moment là on peut facilement retomber dans l'impasse du langage : se payer de mots, et accréditer rapidement la nomination d'un fait.
Si je dis que ce qui inspire mon choix de telle babiole c'est le principe du tube et qu'en conséquence j'aligne une cheville avec un tube de colle, une gaine d'électricité, une chaussure, un moule ramequin d'entremet, un bigoudi, une poignée de cafetière, un étui de brosse à dent, un tube de comprimés, un briquet à gaz, une buse d'extrusion, une cartouche de fusil, est-ce que je chosifie les faits en refusant de les désigner ? Autrement dit à quel titre ce qui a lieu a le statut de fait ? Le tube est-il présent par la cheville, cette cheville là, en plastique, qui ménage un canal interne à la différence d'une cheville pleine, en bois qui intervient dans l'assemblage de menuiserie ? La place, techniquement aménagée pour l'enfoncement de la vis, suffit-elle pour valider le substantif de tube ?
Un constructeur attentif à la compression nécessaire et suffisante de la vis introduite dans la cheville une fois en place ne manquera pas de pointer la lisséité de la surface externe de cette cheville qui risque de ressortir du trou, autre tube, pratiqué dans la paroi. Ce n'est pas le tube qui fait l'objet de son intérêt mais le matériau manquant qui par des ergots retiendraient à coup sûr la cheville. Le défaut d'élaboration ressort (avant même la cheville) plus que le tube. Mais cette attention détournée ne remet pas fondamentalement en cause la réalité du tube indépendant de la rugosité.
On remarque lors de la mise en place des babioles que la pince glisse sur le câble faisant un tube de l'espace entre ses mâchoires. Cette réalité est autant présente que l'enfilage de la cheville sur le câble. Pourquoi parler de tube plutôt que d'anneau ? Quel enjeu est en cause ? Le dictionnaire est-il une aide ? Anneau : cercle fait de métal ou de matière dure servant à attacher. La clé est donnée en exemple ; Tube : tuyau par où l'air, les fluides et les liquides, etc., peuvent avoir une issue (donc tuyau : petit canal de fer, de plomb, de bois, de terre cuite, etc.). Conclusion : une définition par l'apparence (cercle) et l'usage (attache) est opposée à une dénomination synonyme de tube: petit canal. La petitesse s'apprécie relativement.
On voit que le critère n'est pas établi et oscille entre la représentation et l'usage. Il n'est pas fait état de l'utilisation au sens technique du terme et l'usage prévaut, comme en ce qui concerne la clé donnée en exemple dont on se sert pour accrocher par l'anneau ou tourner dans la serrure.
Autrement dit, c'est la relativité des analyse qui émerge qui fait de telle babiole tel ou tel ustensile, tel ou tel appareil. La cartouche, est bien un tube lorsque le constructeur y fait couler la poudre et les plombs, mais prise en tube fermé ou à fermer, cela fait un réservoir.

On ne peut s'en sortir qu'en mettant en avant l'analyse que constitue la prise en lien avec la chose ouvragée ou non qui est prise. Et donc telle babiole peut sans problème se présenter comme matériau, engin, tâche ou machine. C'est ainsi qu'on peut dé-chosifier l'analyse.

lundi 16 octobre 2017

Contre l'évidence de la série, les différences de dispositifs et d'ustensilités


Les alignements de babioles respectent un principe d'identité partielle. Cette série obéit à la reconnaissance du tube : cheville, tube de colle, gaine électrique, chaussure, moule d'entremet, bigoudi, poignée, étui à brosse à dent, tube de comprimés, briquet, buse, cartouche. L'analyse ne s'arrête pas là ; si on se situe dans le rapport à la différence, on peut voir des ustensilités et des dispositifs qui opposent les bibelots. Certes la cheville est un tube, mais c'est aussi une glissière : on peut facilement l'enfoncer dans le trou. Le fait qu'elle peut en ressortir comme elle est entrée montre que ce dispositif de glissage n'était pas prévu à la construction. On notera au passage que la technique peut agir contre le constructeur . Le tube de colle comporte du stockage et pas seulement de la canalisation, par le métal mou un dispositif de pression est élaboré. La gaine électrique par ses cannelures outille la résistance et gagne en flexibilité deux effets conjugués, en terme de matériaux, de la consolidation. La chaussure, par son élasticité, sa mollesse, tient compte de la déformation, autre dispositif nécessaire pour une adaptation au pied. Le moule d'entremet, par sa paroi lisse et évasée, donne forme au démoulage en même temps qu'elle le facilite comme l'opercule enlevé. On peut contester la place du bigoudi dans cette série : en quoi est-il un tube autant qu'un rouleau ? J'ai trouvé une réponse dans le rapport au séchage : le tube est ouvert à la ventilation. Par ailleurs le bigoudi intègre des picots de poils qui réalisent de l'accrochage, une grille aussi qui permet le piquage. La présence de la poignée aussi demande quelques justifications : il suffit d'évoquer la main qui passe dans la poignée et l'on obtient le tube : mais on voit aussi que la manutention est outillée. Quant à l'étui de brosse à dent, il comporte un orifice discret qui aère le conduit, évite l'humidité résiduelle propice aux bactéries : l'aération s'ajoute à la protection. Le tube de comprimé est fermé ou refermable, l'obturation le différencie de l'ustensile précédent bien que la brosse soit aussi bouchon. Le briquet demande de l'étanchéité pour le stockage du gaz. La buse en entonnoir élabore le dosage de l'extrusion déterminant la section du cordon de mastic. Et pour finir la cartouche par la compression de la poudre et des plombs a formé l'explosion.


Bref, nous sommes en présence de quantités nombreuses et de qualités différentes, ce qui justifierait un autre classement. C'est que les variations de techniques mobilisées l'une ou l'autre selon l'activité en cours ou en tête proposent des analyses différentes du même matériel. Et c'est ce qui vous est proposé à expérimenter : la même babiole peut se trouver plusieurs fois sur les six câbles, intégré à des séries différentes.
7-10-17


En chantier


Nous allons essayer de manipuler les choses telles qu'elles font. Déjà, une contradiction : si les choses déterminent (nous imposent) la manipulation alors, quoiqu'on fasse les choses vont faire à notre place: elles n'en feront qu'à leur tête. J'emploie à dessein le mot tête pour dire qu'elles peuvent être aux commandes, comme les mots le sont lorsque je le dis, c'est à dire maintenant que je parle. Et le placement de ce tronc, pardon, de ce « stipe » de palmier, après sa coupe, se passe de mots, de même que cette suspension de babioles sur ces six câbles tout autour. Je vous invite à en faire autant, autrement dit je vous donne la main et nous verrons comment les choses font...
Voici un tas de babioles, des choses ouvragées jetées là comme on jette à la poubelle. Je les ai retirées de la poubelle pour qu'on fasse attention à nos gestes de tous les jours, mais "pas que", pour que chacun s'approprie et reconnaisse sa propre culture technique. Car nous sommes tous techniciens, mais nous ne parlons pas tous la même technique ; entre les techniques comme entre les langues, il y a des frontières. Mais je parle trop : il nous faut des facteurs : qui veut bien passer à l'action en choisissant une première babiole ? Il aura l'avantage de la facilité ; pour le second, il faudra faire attention, mais je vous en direz plus une fois ce premier choix opéré... 
... Le bibelot est accroché en bas d'un des câbles. C'est une ceinture enroulée sur elle-même. 
Donc, je vous donne maintenant la consigne : il s'agit de disposer à la suite de cette première babiole (objet usuel) une autre qui lui ressemble, non par sa forme perçue, imaginée et conçue, non parce qu'elle sert au même usage, mais parce qu'elle présente une façon de faire...je vous vois hésiter : c'est en faisant qu'on se fait facteur : il suffit de saisir un de ces objets usuels. 
... Un facteur ajoute un bout de pellicule 24 x 36. et explique son choix par le critère de la couleur noire.
Je reviens sur la consigne en prenant un exemple:
Quelqu'un prend un bouchon, il le saisit entre le pouce et l'indexe...Vous avez vu quoi ? Une façon de faire et plus précisément une façon de prendre qui n'était pas contrariée par le bouchon. C'est la main qui se fait pince, le bouchon peut être pincé. Je peux également le rouler entre mes deux mains, c'est encore possible. C'est possible de le jeter en l'air, de caresser ma joue, de le lancer comme un projectile, etc. Mais je ne le disposerai pas au pied du palmier pour consolider le tronc : il ne fait pas le poids. Autrement dit, tout n'est pas possible avec un bouchon ; il y a des choses que je ne ferai pas parce que je me rend immédiatement compte, avant même d'agir que ce n'est pas la peine, il n'est pas fait pour ça, ça ne marchera pas ; entre ce qu'on veut faire et ce qui se fait il y a un fossé. Qu'est-ce qui pourrait bien ressembler à ce bouchon ? Je ne parle pas de la ressemblance du bouchon avec une mouche, non le bouchon ne peut pas voler autour du palmier, sauf dans notre imaginaire je parle d'une façon de prendre qui m'est imposée par la chose elle-même et qui est une utilisation possible : le bouchon n'a pas d'ailes, vivantes ou non. Quelqu'un prend une gaine électrique en la roulant entre ses mains. Oui, il y a du rouleau aussi dans le câble...bon choix ! Regardez ce que la main indique. Je vais juste prendre le câble d'une autre façon : je le place contre mon œil en guise de lunette. Ah ! Est-on toujours dans la même ressemblance au bouchon...Non, vous voyez qu'on s'en éloigne et pourtant le câble permet cette manipulation, de même que je pourrais aspirer un liquide, du sable ou un insecte, je ne le ferai évidemment pas pour ne pas m 'étouffer, ou parce que c'est sale, etc., mais c'est possible, il ressemblerait alors à du tuyau, comme à ceux qui sont là (sur le premier câble garni). Donc...suspension du câble à côté du bouchon... il faut maintenant trouver du rouleau ailleurs...quelqu'un s'empare d'un lance-projectile en le faisant valoir comme un serpentin à ressort...Hum ! Ça demande quelques justifications : où est le câble dans tout ça ?...Attente de l'analyse orale...Certes, on peut porter son attention à l'enroulement du ruban sur lui-même et ça nous fait comme un rouleau de papier...D'accord ! Bon à suspendre !

samedi 14 octobre 2017

L'arbre à barbe




Autour d'un tronc de palmier, l'Arbre à Barbe, les spectateurs, facteurs pour le coup, sont invités à trier entre des bibelots pour s'exercer à une production analytique, nouveau mât de Cocagne pour faire valoir une ergotropie médiationniste.
Venez voir ou participer à ce chantier dans le jardin de la Motte de Bazouges-la-Pérouse, face à la galerie Laizé, le 15 octobre à 15 h.

La performance est à situer dans le cadre de trois expositions qui ont lieu ce même jour : vernissage à midi, les détails:

"Finalité sans fin" et fin sans finalité

Il faut pour appréhender l'ergotropie, sortir du jugement esthétique tel qu'on le présente depuis Kant. Pourquoi ?
L'expression comporte deux objets qui ne prennent pas en compte la réalité de l'activité technique, ou du moins, très partiellement par l'esthétique.
Pourtant l'expression permet de mettre en évidence le fait de la tâche, cette fin organisée de la technique qui est à distinguer de la chose à faire, la visée du constructeur. De sorte qu'il est difficile de parler de la fin lorsqu'il s'agit de technique, la catégorie kantienne prend le dessus avec sa téléologie. La téléologie spécifique de l'activité doit s'affranchir de l'intention, du désir comme du plaisir, du bien recherché. Il reste à comprendre le principe de la dissociation des modalités rationnelles : que la finalité visée soit celle de l'activité, n'empêche pas qu'elle puisse être aussi celle du comportement. Plusieurs réalités d'analyse sont en cause mais il importe de les distinguer pour éviter la confusion.
L'expression de Kant, pour rejoindre l'ergotropie serait à inverser : « fin sans finalité ». Ce léger réaménagement permettrait de ne pas rompre le lien avec l'ergologie en cours. Elle dit que la technique n'a pas le souci de ce que veut faire le constructeur et que s'impose à lui une organisation matérielle des fins en qualités et quantités. La frappe est sollicitée lorsqu'on joue du piano, écrit au clavier ou lorsqu'on enfonce un clou au marteau, tape du poing sur la table, etc. Bien que les actions divergent une identité téléologique se manifeste qui les rassemble.
La distance qui sépare la mise en œuvre de cette fin organisée de la technique toujours disponible, de la finalité visée n'est pas alors à combler par de la peine, et le contrôle qu'exerce le constructeur quant à ce qui se produit, n'est pas la maîtrise qu'il s'efforce d'avoir pour mener à bien son entreprise. La distance est comblée par une capacité instinctive d'action qui asservit le constructeur à son ouvrage comme le moyen l'est à la fin. L'asservissement est ainsi à distinguer de l'application ; il se manifeste quant à lui par de l'attention. C'est l'action qui corrige sans moraliser les effets de la technique qui « se contente » de fonctionner.
Le stipe de palmier tronçonné fournit une image de la téléologie : sorte de tuyau qui ne conduit nulle part, car privé de ses racines, de ses tiges adventices et de ses palmes, il ne conduit plus la sève, il est l'image même de la canalisation.


lundi 17 avril 2017

Matière, énergie, lumière par quantités techniques


Comment dispose-t-on de la matière, de l'énergie et de la lumière?


On pourrait croire que ce sont les actions qui déterminent les quantités et les qualités nécessaires: s'il y a un trou à combler dans le jardin, la quantité nécessaire de terre est fonction de la grandeur du creux. Le terrassier est cependant vite confronté aux moyens de transport, d'abord pour extraire le volume suffisant du tas où la terre lui est offerte en quantité dépassant largement ses besoins, puis pour déplacer la quantité jusqu'à l'endroit du chantier. La mesure du vide à combler dépend d'une métrologie pas toujours mise à disposition. D'une façon générale, on fait avec le trop ou le pas assez, et les limitations qualitative et quantitatives nous mettent dans l'embarras.
Quantitativement, quoi qu'on entreprenne, se pose aussitôt la question de gérer l'adéquation entre l'unité techniquement disponible et la quantité à produire par la mise en action de cette unité. Il est ainsi évident que le récipient destiné à contenir le contenu d'un autre récipient verseur apparaît soit trop petit, soit suffisamment grand ou trop grand. Ce débit de la quantité n'est pas sans déterminer les visées des constructeurs que nous sommes. Le bois se débite en planches, en rondins ou en bastings, etc. et nous mettons précisément ces quantités en rapport avec les espaces de transport, dont nous disposons précisément (camions), de passage (portes, routes d'accès), de taille (couteaux, scies, tronçonneuses, etc.) chaque fois des restrictions se présentent mais aussi des possibilités nouvelles. La covariance1 apporte des solutions imprévues aux problèmes à gérer.
Si l'on envisage le rapport mécanique à l'énergie, celle-ci se débite pareillement en quantités préfabriquées. Dans le tir à l'arc, l'énergie est répartie entre un bras de rétention dont le constructeur attend qu'il réalise la fixité et la résistance et un bras d'extension faisant appel à une force minimale. Dès que cette force s'exerce et que cesse la retenue, un jet de flèche a lieu, qu'il soit ou non suffisant. Deux mouvements de traction et de rétention: l'unité technique de moyen ignore la répartition de ces mouvements qu'elle contracte en un.

Quant à la lumière, on serait encore plus tenté de la croire disponible en quantités indéterminées. Nous savons pourtant que nous la traitons par quantités limitées de temps (sur la plage et dans la cabine aux UV) et d'espace (lunettes de soleil, baies, parasols) et ce faisant nous lui attribuons un pouvoir de nocivité, sans parler du laser qui intensifie les émissions par doses mesurées donc augmentées ou diminuées par paliers.

1
Covariance : par analogie avec la concaténation des phonèmes, désigne la complémentarité disponible entre les engins.

lundi 6 mars 2017

Quanta et qualia

 

Quanta et qualia1

1Quanta
B. − PHYS. ,,Quantité minimale d'une grandeur physique pouvant séparer deux valeurs de cette grandeur`` (Lav.-Pollet 1982). On pourra, pour parler rapidement, exprimer un quantum en unité de potentiel, par exemple en volts (M. de Broglie,Rayons X, 1922, p. 18).D'une manière plus générale, toute quantité physique indivisible, d'énergie, de moment cinétique, etc., est appelée quantum (Musset-Lloret1964).Le photon est le quantum du rayonnement électromagnétique (Lav.-Pollet1982).
Théorie des quanta. ,,Théorie due à Planck selon laquelle certaines grandeurs physiques ne varient pas de façon continue mais passent par des valeurs discontinues (discrètes) correspondant chacune à un nombre entier de quanta`` (Lav.-Pollet 1982). Il est passé brutalement de l'étude des coléoptères à celle de la théorie des quantas (Sartre,Nausée, 1938, p. 48).

http://www.cnrtl.fr/definition/quanta



La réfutation du physicalisme qui fait parler de qualia par opposition aux quanta de la physique dure, gagnerait à composer avec les quanta. Pour la raison fondamentale avancée par l'anthropologie clinique médiationniste, entre autres théories des sciences humaines, que deux axes structurent les capacités humaines, que ce soit par Gestalt ou par analyse des formes qu'elle constitue.
Car le retranchement dans une phénoménologie de l'esprit se confond avec l'abandon de la méthode et l'adhésion à un relativisme ordinaire des pensées qui sous couvert de modestie est une catastrophe.
Quand on compte, on différencie implicitement puisqu'on n'additionne pas des ânes et des carottes. Les unités sont posées en faisant discrètement l'hypothèse d'une identité dans le classement par différences des réalités. Rabattre la conscience sur la perception pour lui confier le destin des qualia, c'est renoncer à la sémiologie en n'accordant de confiance qu'à la générativité des mots.
Plutôt que d'opposer l'intuition à la démarche scientifique, ce à quoi aboutit le débat sur les expériences de pensée, et notamment la connaissance des couleurs1, on doit considérer, quitte à passer pour un empirio-criticiste, l'expérience du franchissement involontaire d'un feu rouge vu par un daltonien. On n'a pas que les mots pour connaître le monde et les appellations vert et rouge n'ont pas de pertinence lorsqu'il s'agit de prendre en compte une technique de signaux lumineux. Sauf à imaginer l'hypothèse d'école que le daltonisme ou la dyschromatopsie survient d'un seul coup face à un système de signaux, le daltonien a depuis longtemps compensé sa déficience, parce qu'il vit en société et parce qu'il sait aussi à quoi servent les choses ouvragées de son milieu ordinaire. Bref, il est technicien.
Faisons place à l'activité technique et une autre dimension s'ouvre à nous dans l'appréhension des capacités humaines. La confiance qu'on accorde aux dispositifs par l'esprit pratique vaut celle qu'on accorde aux mots par la science.

D'ailleurs, la science invoquée n'est pas exempte de techniques dont la diversité rejoint l'irréductible inefficacité des dispositifs, si chère à la conscience de l'ingénieur. Les perfectionnements n'iront pas jusqu'à la perfection, cette certitude dans le rapport à l'incertain est au fondement de toute industrie dynamique qui tend à augmenter et à remplacer les appareils pour de meilleurs résultats, elle a aussi une conséquence théorique à savoir que l'ouvrage ne se débarrasse pas de son ombre, celle de la négligence du technicien. Dont la conduite appuyée sur une structure d'assurances diverses et distinctes, comporte toujours une part d'attention qui corrige l'inefficacité des fonctionnements, jamais complètement adéquates.

À travers le spectrographe, le principal dispositif en cause et en action relativement à la couleur, le physicien constructeur dispose d'un dispositif parmi ceux élaborés pour la métrologie. Ce à quoi sert le prisme dans la mesure des longueurs d'onde ne satisfait pas aux exigences du chercheur dont l'objet porte sur la réalité ondulatoire ou particulaire du monde, l'effet visible peut intéresser le coloriste soucieux de définir et de tester sa sensibilité.

1https://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Jackson

dimanche 11 décembre 2016

Chantiers "couleur"


Journée médiationniste du 22 juin 2016

Il ressort des expériences faites en juin que la couleur n'existe qu'à être produite diversement bien qu'une technique dominante, celle du mélange soustractif liée au cercle chromatique de Newton s'impose comme standard. C'est une convention qui prend le relai pour conditionner la vue d'une couleur contre sa réalité technique particulière. La langue plus que le langage médiatise ainsi cette relativité de la couleur, faisant apparaître comme absurde des expressions telles que noir transparent, jaune bleuté, orangé vert.




Il ressort des expériences faites en juin que la couleur n'existe qu'à être produite diversement bien qu'une technique dominante, celle du mélange soustractif liée au cercle chromatique de Newton s'impose comme standard.
Un chantier portant sur les mélanges voulait aller contre les transitions de couleurs habituelles :
Par une technique de dilution:
  • celle d'un orangé-rouge produisant, contre un éclaircissement de la couleur attendu par suite d'une dilution à l'eau, un changement de teinte : du vert-jaune ;
  • celle du blanc laiteux n'apportant pas la semi-transparence escomptée de l'opalescence, mais une persistance du blanc ;
  • celle du blanc sur fond noir faisant apparaître du bleu clair contre le gris attendu ;
  • celle du jaune transparent troublé par l'eau en jaune bleuté.
Par un mélange par transparence :
le mélange par transparence sur la base de rhodoïds pouvait permettre de réaliser la différence entre le gris coloré des teintes par le mélange de toutes les pâtes et le noir obtenu par la superposition des feuilles transparentes.

C'est une convention qui prend le relai pour conditionner la vue d'une couleur contre sa réalité technique particulière.
Le chantier faisant valoir la variabilité de la couleur par éclairage ne permit pas de voir combien la lumière, faible ou forte, artificielle ou du jour pouvait introduire l'inconstance des effets. Le projecteur équipé d'un variateur éclairant une coupe nominalement rose le faisant voir blanc, jaune, rouge ou violet n'empêcha pas dans le chantier d'à côté de voir du même malgré la variation des apparences. Et c'est plutôt un phénomène de constance et d'homogénéisation des couleurs qui s'est affirmé. La multiplicité des bocaux avec leur diversité de contenu, et les huit formats situant séparément le regardeur dans un rapport aux identités et aux unités formelles, ces deux autres chantiers n'eurent pas comme effet de relativiser la perception des couleurs.

La langue plus que le langage médiatise ainsi cette relativité de la couleur, faisant apparaître comme absurde des expressions telles que noir transparent, jaune bleuté, orangé vert.

L'expression « noir transparent » est remplacée par gris, jaune bleuté par vert, mais l'orangé vert, si particulier, résiste au changement comme par impossibilité du descripteur de nommer ce qu'il voit. L'inadmissible est banal il porte sur des appellations en rupture avec ce qui devrait être : l'orangé mélangé au vert devrait produire du brun. On ne peut donc voir que l'orange vire au vert sans penser que la transition est brune.

jeudi 30 juin 2016

La division du monde par la couleur produite


Si le monde peut apparaître en noir et blanc, ce n'est pas uniquement parce que la nuit tous les chats sont gris. La photographie a produit cette attention particulière maintenant banalisée par laquelle le regardeur n'a d'yeux que pour la clarté, qu'il soit équipé de son appareil ou qu'il cille les yeux pour éliminer les différences de teintes.
Comme le son du langage qui réentend le bruit des voix, annulant les différences de prononciation pour n'entendre que du phonème, la lumière de la technique se rend aveugle aux variations qu'elle ne gère pas. Le monde en noir et blanc n'est pas qu'une dischromatopsie, il est la réalité technique et relative introduite dans nos attentions aux choses.
On connait les contestations du chimiste Chevreul reprenant l'apparente différence des noirs et des teintes produite par la teinture de la manufacture des Gobelins, qui ont levé le lièvre du contraste simultané des couleurs. Un fait que l'on range maintenant dans la série des illusions liées à notre physiologie ophtalmologique. La question soulevée par la découverte des atechnies relance le débat: et si les couleurs perçues étaient non seulement fonctions de notre système oculaire physiologique, mais aussi variables selon les techniques disponibles? Avant la découverte de l'aniline, le monde des colorants était plus restreint et les colorations ne pouvaient produire des couleurs saturées. Avec la télévision, les teintes saturées ont encore gagné en puissance. D'où la prolifération des couleurs artificielles et une vision moins naturaliste des couleurs de la nature.
Une négligence s'est immiscée dans notre perception qui la rend attentive aux seuls effets utiles pour la technique mise en action. L'électricien n'a pas à faire attention aux différences de rouges1 dans une technique de connexion des fils qui utilise le bleu, le rouge et le bicolore vert-jaune. Une autre technique, celle du va-et-vient qui inclut le brun, exigera de lui qu'il ne confonde pas le rouge et le brun. Il paraît incongru d'étendre cette sensibilité de base à celle du peintre ou de l'imprimeur, longuement affinée par une manipulation quotidienne des couleurs. Pour autant, sauf à récuser l'enseignement des pathologies de l'activité et notamment le distinguo apraxie versus atechnie, et à penser qu'une perception pure, entièrement naturelle, puisse exister par une application à se départir des contingences matérielles, la dite "sensibilité du peintre" gagnerait en compréhension si l'on prenait en compte la complexité des techniques qui médiatisent ses gestes.
Le nouveau postulat (hypothétique et non dogmatique) soumet l'appréhension des couleurs au fabriquant et au fabriqué de l'outil: il n'est ainsi de couleurs que celles produites par la technique. Leur existence artistique n'est pas celle qu'énonce Etienne Gibson, socio-artistique celle-là, celles-ci procèdent d'un aveuglement aux différences de matières et de lumières constitutives des matériaux et des engins, d'un aveuglement aux finalités où elles peuvent être impliquées constitutif des tâches et des machines.
On aurait tendance à penser que le passage de la manipulation des choses par des moyens où le constructeur paraît maître de ce qu'il fait à la médiation d'un fabriquant qui limite en qualité et en quantité ces moyens conférant au constructeur le statut d'agent pose moins de difficultés d'analyse que s'il concerne le fabriqué. C'est que les moyens techniques tels qu'on les envisage ordinairement comporte une part discrète d'analyse des fins techniques.
L'aveuglement dans le rapport aux choses à faire tient au remplacement d'une conscience des finalités par la nécessité de faire agir des dispositifs qui imposent leur fin technique. Pas d'action possible en dehors des sentiers balisés par des assurances techniques, ni d'action inventive qui ne vienne de nulle part.
Ainsi la couleur, moyen et fin, en pâte ou en lumière et en effet coloré, ne peut se voir qu'instantanément restreinte dans un sens et augmentée dans un autre par les dispositifs qui la produisent. Il n'y a pas de rapport immédiat à la couleur aussi exercés puissions-nous être à la vision de leurs interactions.

Le fait de soumettre les techniques de reproduction à une gamme de couleurs déterminées par leur valeur (value), leur teinte (chroma) et leur intensité (hue) ignore les autres matériaux qui font les encres (pastosité, viscosité, liquidité, transparence, opacité, adhérence), ou les lumières (pouvoir électrifère, corrosif, chauffant, siccatif, noircissant). La maîtrise introduite par le paramétrage des écrans luminescents va de pair avec un aveuglement à l'hétérogénéité irréductible des longueurs d'onde: le rayonnement monochromatique n'existe pas.
Nous en sommes réduits à de la conduite déduite: les inducteurs étant comme ces boîtes de pastilles ou de tubes de couleur qui déterminent les actions à accomplir.


Illustration: coquille St Jacques et crayons-feutres

La contrepartie apportée par la fabrication est une voyance telle que le technicien envisage des trajets outillés auxquels il n'aurait pas songé en l'absence de la technique qu'il utilise.

Si les dispositifs sont réduits au stockage-versage, réalisés par du sable et du pigment versés en deux tas séparés sur une plaque de verre, quelles actions pouvons nous en déduire, la raclette en mains?
Sortes de programmes (trajets) incorporés, il semble que des actions soient fossilisées dans ce matériel qui demande à être activé. La force propositionnelle des choses élaborées est là, qu'elles fassent partie du matériel ou du produit de l'art. Certaines productions de l'art ont d'ailleurs été construites pour montrer ce fait de prédétermination implicite
Les structures déductives de Franck Stella indiquent le poids du matériel dans l'oeuvre plastique au point d'exclure toute part singulière du sujet porteur d'un projet particulier. Propre à l'espace plastique, ce graphisme chromatique ne montre rien moins que la rencontre entre le formatage, la chromatisation et la linéarisation, bref, une machine réduite à son fonctionnement à vide: rien d'autre à voir qu'une juxtaposition de zones colorées répétant la forme du format. Les shaped canvas, toiles en formes, font valoir la proposition inverse où c'est l'action qui s'avère déterminante jusqu'à pousser au réaménagement du support. L'arbitraire du sujet y est alors prépondérant, aux antipodes de la démarche précédente.
La structure2 de la fabrication n'est pas discernable dans la plastique de l'oeuvre, mais elle est aussi déterminante que discrète. Le pari est de trouver un mode de production qui fasse retour sur les analyses que sont ses constituants (le fabriquant) et ses constitués (le fabriqué).

Différents dispositifs d'éclairage (6) composant des machines distinctes, pour obtenir:

  • une lumière indirecte: un dispositif d'orientation s'intègre ou s'ajoute à l'éclairage
  • un contrejour: une partie de ce qui est à capter fait masque (masquage)
  • une lumière rasante: le plan (planage) est parallèle au faisceau de lumière, s'y ajoute un masquage de la source
  • une lumière directe (suspension ou fixation sur trépied): la source est placée à distance pour assurer une diffusion-répartition relativement homogène
  • une lumière diffuse: l'inter-disposition d'un calque assure la diffusion
  • Une lumière saturant les bleus: éclairage par lampe fluo (le tableau récapitulatif des teintes de lampes fluo indique pour une température couleur de 6500K la possibilité d'un indice de rendu des couleurs (IRC) supérieur ou égal à 90%
Ajoutons à ces techniques d'éclairage:
  • la superposition d'une plaque de verre qui a sensément pour effet de rehausser les couleurs;
  • et l'emploi de petite billes réfléchissantes qui mélangées à la couleur, la rende plus "éclatante".
Finalement, le but est de dissocier l'éclairage de l'éclairement et de mettre en évidence l'écart irréductible qui se constate entre les techniques et leurs effets. Notamment l'homogénéité nominale de l'éclairement n'est pas réalisée en dépit des annonces: exemple l'éclairage fluo "lumière du jour" à 6500K. Un thermocolorimètre permet de mesurer les fluctuations de la lumière électrique qui produisent un éclairement hétérogène.



1 Mettons ce fait en rapport avec le commentaire Wikipédia sur le métamérisme et l'on prendra la mesure de l'homogénéisation relative des couleurs assurée par la technique:

Deux couleurs métamères ou homochromes sont deux lumières visibles dont le spectre physique est différent, mais que la vision humaine ne différencie pas1.

De même qu'en chimie, on qualifie de métamères deux composés organiques isomères ayant même fonction2, de même en colorimétrie ce mot concerne deux lumières aux couleurs différentes selon la physique mais visuellement semblables.

La lumière qui éclaire des surfaces colorées participe à la formation du spectre lumineux qui arrive à l'œil. Deux surfaces qui peuvent sembler identiques sous un éclairage, parce que leurs différences sont plus faibles que le seuil de perception des différences de couleur, peuvent paraître de couleur différente avec un éclairage d'une autre répartition spectrale.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Couleur_m%C3%A9tam%C3%A8re

2 Outre l'hypothèse de la structure, on a hâtivement congédié le structuralisme sans en tirer toutes ses conséquences ; de surcroît, la médiation postulée par l'anthropologie clinique se réfère à la dialectique marxiste, à l'implicite freudien et l'on connaît le discrédit lié à ces deux sources historiques. Il faut donc une rupture dans le savoir des sciences humaines qui ne s'en laisse pas compter par les avatars historiques. Sans toutefois exclure absolument les thèses sorties de cette obédience médiationniste.