mercredi 26 juin 2019

Ergo


La lithographie réalisée au musée de l'imprimerie de Nantes avec l'aide d'un maître imprimeur, Philippe Bretaudeau, fait valoir ce qui est redouté en impression, à savoir le glissement sur la presse de l'imprimant ou de l'imprimé. « Ergo »1 est l'exemple d'une attention soucieuse prêtée aux déterminations discrètes de la conduite technique.
« Relevons les babioles », exposition réalisée à Bazouges la Pérouse du 17 mars au 26 mai 2019 est le projet d'arrière plan de cette lithographie.
Les babioles renvoient aux gestes délaissés du banal quotidien. Malgré leur envahissement, elles restent dans l'ordre du trivial. Un travail s'impose pour mettre en lumière cette organisation qu'elles matérialisent. Puisque ce sont nos faits et gestes qui sont ainsi programmés, manipulant dans l'ombre l'homo faber depuis qu'il existe.
Il n'est pas dans mon intention de séparer l'art de la vie, ni des conventions ni bien sûr des représentations2. Mais d'extraire le ressort principal et technique pour appréhender ce qui se fait sans inventeur.
Peut-être, l'inventeur prend-il ensuite en relai la trouvaille.
Ce qui ressemble à de l'infâme, à de la déchetterie n'est pas trompeur par volonté délibérée. « Ça » trompe par effet de mode. La prédilection pour la sauvegarde écologique masque les démêlées d'un technicien qui loin de maîtriser ses techniques n'en reconnaît pas leurs pouvoirs au-delà de sa volonté et en deçà. 

1De ergologie, ergotropie.
2Ajoutons : ni d'esprit fumiste ni de provocation ni de scandale ni de parodie ni de farce ni de surréalisme ni d'idiotie ni de bêtise ni d'intelligence ni de pipe qui devient un fusil ni d'ange ni de poule ni de Diogène ni de voyou ni de poésie par contrastes ni de Christ à tête d'âne ni d'insulte aux animaux ni de caresses ni d'invectives ni de ce qu'il faut ni d'art jeune sous le niveau...peut-être d'archéologie.

vendredi 26 avril 2019

L'arbre à barbe reconstruit


L'arbre à barbe reconstruit



Quel sens donner à ces pièces d'appareil déposées au pied du stipe de palmier ?
Irruption du matériel humain dans la nature, introduction à reconsidérer à la lumière de notre capacité technique incapable de toucher à « la vraie nature » comme le suggère tout le grand œuvre de Gloria Friedmann.
Incapacité fondatrice qui produit un environnement toujours artificiel et donc naturé plus que naturel.


Ces palmiers-chanvre ont été introduits revenant des pays d'Orient par les navigateurs dans les jardins de l'Europe occidentale. Ce qui suppose la technique de navigation. Saluons au passage Robert Fortune, un botaniste anglais qui rapporta les graines de Chine vers 1850. Dans nos régions, au début de ses implantations, le palmier devint l'emblème de la navigation au long cours et les jardins de cap horniers se signalisaient ainsi comme une marque d'honneur rendu au marin courageux. Du coup, ailleurs que dans ces jardins, les stipes de palmier-chanvre pouvaient paraître comme des pousses incongrues, des prétentions faciles sinon de l'usurpation de titre.
Revenons à ces pièces issues d'un démontage d'étiqueteuse-embouteilleuse : elles sont lourdes et peuvent par leur poids, en appui tout autour de la base, construire un socle pour le tronc. L'idée m'est venue de Bernard Pagès qui eut recours dans quelques unes de ses sculptures à des lettres typographiques agrandies pour faire tenir debout des sortes de mâts.
J'ai préféré consolider l'édifice à l'aide de câbles ; ce qui en fait des agrès de navire, en cohérence avec l'image de la navigation à voile.
On y a suspendu des babioles, des objets usuels légers sans valeur vénale, qui gagnent leur valeur du seul fait qu'on les aligne par principe technique. Ils sont maintenant décrochés et les câbles sont là disponibles, en attente de nouveaux emplois, comme l'est notre potentiel technique. Abstractions-concrètes, le mot est de Pierre Soulages, signalisant un pouvoir faire, le câble devient l'emblème de notre relation aux choses qui font à notre place et que le constructeur tend à employer efficacement.
Un autre tronc trône dans le milieu de l'exposition, en hommage à Jean Gagnepain, que j'ai baptisé l'arbre glabre ; j'aurai pu dire l'arbre chauve : c'eût été trop facile. Il ne s'agit pas de rendre l'élocution difficile, mais d'aller plus lentement dans l'appréhension des choses et devant la réalité du faire, de réaliser que les mots sont en difficulté.



26-04-19

jeudi 25 avril 2019

Peinture à sec


Collage et application, tirage et report


L'emploi de la machine adhésion-report doit faire place à une complexité plus grande : l'application s'y intègre qui utilise un plan et donc du planage par tension de la toile sur châssis (et du calage, si l'on tient compte de la planchette glissée sous la toile pour obtenir un support rigide).
Mais la machine révèle déjà sa complexité dès lors que le ruban adhésif, au lieu de coller au ruban de peinture sèche, part en vrille et vient se coller à lui-même, ce qui du même coup annule, ou du moins compromet, le report. Le report apparaît alors par défaut en tant que partiel de machine.
Pour revenir à la réalité complexe de la machine, dans cette affaire, l'application en fait partie intégrante. Toutefois, inefficacité de l'outil contrariant, l'application, bien que dispositif, n'assure pas la mise à plat : il faut tendre le ruban adhésif pour éviter qu'il se love et se contre-colle en lui-même. La manipulation doit se départir du collage dont les effets sur les doigts immanquablement opèrent (cf. le sparadrap du capitaine Haddock).
Quant au report qui suppose la mise en présence de deux faces, l'une porteuse de colle et l'autre de peinture sèche, il fonctionne par concomitance avec le tirage du ruban de cellophane.
En somme, la machine mise en action est complexe : collage-application, première étape, puis à nouveau collage-application dont la réalité conditionne le tirage report qui suit.
La proximité des 8 formats de la toile carrée comportant 4 fermetures éclairs, se justifie par le partage d'un même dispositif par deux machines différentes : intégré à de l'engrenage, le type est ici le tirage qui s'intégrait là au report.





Si l'on s'intéresse à l'enchaînement des appareillages, comme la tension par fixation de la toile anticipant le tirage-engrenage de la fermeture éclair, on réalise qu'ici le simple accrochage de la toile ne suffit pas, et qu'il faut encore un nécessaire supplémentaire, à savoir la manutention qui permet de retenir le format d'un côté tandis que l'autre main tire sur la languette de la fermeture. Autrement dit on voit que la fixation demande un appareillage supplémentaire : la main parfait ce que la technique a outillé. La fixation est ce qui manifeste la syndèse : incorporée à la toile, à l'accroche ensuite, puis matérialisée par la main, elle est la syntaxe ou le fil conducteur de l'enchaînement.

25-04-19

vendredi 1 mars 2019

Relevons les babioles

L'équation, « Ergo = relevons les babioles », ne fuit ni l'ombre ni la lumière, elle voudrait nous situer au terminateur de la planète « art ». Il s'agit de clarifier ce qui se fait quand on fait, qu'on soit ou non artiste ; il ne s'agit pas de sortir rapidement de l'ombre des questions. Cette exposition est un ensemble de propositions d'ouvrages qui veulent répondre par des faits, « l'art-réponse », à la Fabrication en Question. Elle est jointe à un chantier, « le chemin de planches », où s'expérimente l'hypothèse de Jean Gagnepain d'une dualité de la conduite propre à toute activité.



jeudi 14 juin 2018

Chantier à Bazouges

Le semblable et le complémentaire


Deux processus d'analyse sont en cause qui traversent le langage, l'art, la société et le droit. Par lesquels en art, le constructeur identifie et segmente un pouvoir faire entre des matériels, des énergies ou des produits qu'il différencie par opposition, qu'il fragmente en unités pour composer.
Le chantier du 05 juin à Bazouges-la-Pérouse, consistait à relever ce qui avait permis de faire la terrasse de l'Arbre à Barbe, scie, forets, vis, tournevis, marteau, vrille, notamment et de repérer parmi les babioles apportées, celles qui s'identifient de près ou de loin à l'un ou à l'autre de ces ustensiles. Cette proposition sur les choses ouvragées pouvait introduire un regard décloisionnant les activités séparées ordinairement par les usages et les métiers.
En recherchant les ressemblances de fonctionnement, on commença par mettre ensemble le foret avec un DVD, au dire des uns tous les deux partagent la rotation, pour d'autres, l'apparence du disque muni d'un trou central ne pouvait rejoindre la tige de métal. Il fallut donc considérer ce qui faisait tourner et non la chose elle seule. Autrement dit, l'effort d'abstraction devait porter sur la nécessité de compléter le matériel existant par un autre absent. Si le foret et le disque peuvent tourner, c'est qu'ils disposent d'une partie qui les met en mouvement par autre chose : une partie lisse de la tige qui s'enfonce dans le mandrin à pinces, un orifice central où s'engage l'axe de rotation du disque.
Très vite donc, les facteurs sont passés du semblable au complémentaire. Un lien de construction existe entre les babioles : et d'introduire tel tube circulaire dans l'orifice du DVD à titre d'axe, et de placer les fils électriques près de la gaine, le porte-plombs et la cartouche côte à côte, le bouchon de champagne et le muselet de fil de fer, ainsi de suite. Toutes les babioles pouvaient ainsi s'enchaîner...
Et la question n'est plus tant de savoir ce qu'il faut encore pour que ça fonctionne, comme une perceuse dès lors qu'on dispose du forêt ; l'attention d'analyse porte sur le lien précis qui fait qu'on modifie l'unité pour l'adapter à une autre unité elle-même réaménagée par cette réunion.


Pour s'appesantir un peu plus sur cette analyse par complémentarité que nous pratiquons dans chaque activité, un autre chantier attendait les facteurs: les ligatures. Pour commencer, la recherche d'un monogramme fournit l'occasion de constater que l'écriture manuscrite spontanément procède au réaménagement des lettres : Un L suivi d'un H se fait autrement lorsqu'on change la seconde par une autre lettre. Chacun s'exerce avec son nom et son prénom. Pour élargir la proposition et la rendre graphiquement plastique plus encore, c'est tout le mot qui, du début à la fin, se trouve traversé par une ligne commune à toutes les lettres. On termine en recherchant des lignes de construction différentes...
Chantier à renouveler, donc...


mardi 22 mai 2018

Deux gags à revisiter



Le coup du râteau
L’arroseur arrosé

Râteau à l’horizon ! vous avez bien repéré le râteau mal rangé, ses dents qui attendent un pied négligent qui passera par là et qui feront levier pour expédier le manche en pleine figure d’un promeneur distrait. Vous vous dites aussi que vous ne vous laisserez pas attraper. Vous êtes entré là dans cette remise pour chercher un collier de serrage pour un tuyau qu’il faut raccorder au robinet. Cinq minutes passent à chercher ce collier, entre temps vous vous êtes occupé de deux ou trois autres choses : un appel au téléphone, le dérouleur de tuyau à dérouler et peut-être l’arrivée du facteur. Tout est maintenant en place, il suffit de brancher le tuyau. Et c’est à ce moment là que le coup du râteau intervient : ce râteau qui gardait sournoisement le poste de distribution d’eau pointe le bout de son nez, à demi caché par une boîte posée à terre, juste à côté du robinet. Et paf !
Ergotropiquement, voilà un cas où le contrôle exercé d’entrée sur l’espace de rangement se trouve relégué aux oubliettes, une action ultérieure non liée à la dynamique de l’entretien et du rangement du matériel a pour effet de situer le constructeur dans un autre atelier où le râteau n’existe plus. L’autre fait que l’ergotropie prend en compte est cette complémentarité entre le manche et la tête du râteau qui n’est pas seulement une télécommande mais qui s’avère être aussi un levier. La réalité de la technique s’affirme, fabrication indifférente aux utilisations diverses de ses exploitants.

L’arroseur arrosé, mis en scène par Louis Lumière, correspond à un cas où l’acteur simule une action qu’aucun constructeur ne ferait. La complémentarité a lieu ici entre deux chantiers, celui de l’arrosage et celui du tournage cinématographique. Le jardinier, qui n’est pas jardiniais, a-t-il un œil de constructeur arrosant lorsqu’il scrute l’orifice du tuyau ? Tout constructeur ne manquerait pas de regarder en amont ce qui obture le tuyau. Non, ce jardinier-ci est spécial, il a un œil sur la caméra qui le filme et c’est le spectateur qu’il tente d’arroser : les yeux, les roses du public.

Arabesques en interdépendances

vendredi 2 mars 2018

Quelques mots pour jalonner l'entrée dans l'ergologie médiationniste. Sur le site des éditions du possible,  www.editionsdupossible.fr, vous trouverez un lexique fourni de quelques articles qui visent à dire "ce qui se fait quand on fait", selon l'expression de Jacques Laisis.
Un des points principaux est en effet cette analyse implicite incorporée, une transposition à l'art du "ça" freudien. D'où la question récurrente: "comment ça ne se fait pas ?".
Place aux accidents et à l'art involontaire !