On rétorquera facilement que le développement de cette confrontation est tué dans l'œuf puisqu'il revient à opposer un objet réel à un objet abstrait.
L'intérêt du labyrinthe ne tient pas qu'au jeu qu'il instaure. A priori, il me paraît proche de la démarche du chercheur un peu perdu dans la forêt de ses propres hypothèses qu'il n'a pas pu vérifier de sorte qu'elles prennent la consistance d'un mur impénétrable. Face à cette construction, il semble qu'il y ait un réseau mental de possibilités qu'il suffit de se représenter pour que s'abolisse les obstacles tant le mythe est présent dans toute pensée par une confiance accordée au mot sur la base d'un critère uniquement logique.
Or précisément, une tétra-logique est en cause qui fait que ce qu'on prend pour objet est aussi une chose ouvragée qui l'excède, un jeu sociétal de gens qui s'amusent à se perdre temporairement et volontairement, enfin, un plaisir de distraction plus ou moins agréable.
Bref, le labyrinthe vaut plus qu'un jeu de l'esprit.
Il vaut surtout comme un trajet au double sens du mot : car un déplacement suit un chemin déjà là et des barrières réelles arrêtent le promeneur. Dans la structure, le penseur peut se référer à des expériences impossibles, les « expériences de pensée » d'Einstein et de Galilée sont célébrées par Etienne Klein. Elles sont probables mais le doute demeure ; le réel qu'elles rencontrent est trop facilement négligeable. Être à cheval sur un rayon de lumière, laisser tomber deux pierres encordées du haut de la tour de Pise sont des expériences sans suivi possible et leur conclusion n'est pas imparable pour qui ne connaît pas l'industrie du vide autrement que par oui-dire.
La chute des corps obéit aux lois physiques : tous les corps quel que soit leur poids tombent dans le vide à la même vitesse. Mais dans l'environnement terrestre des forces de frottement apparaissent et contredisent le physicien fort de sa technique du vide.
L'activité hors laboratoire n'a pas le crédit de celle qui a le secours d'un équipement dédié aux expériences scientifiques. Que le pékin lambda se trompe énormément est un fait, mais ce fait existe en dépit du discernement qui l'écarte.
Conclusion : faire avec les choses telles qu'elles font ne conduit pas à la vérité absolue ; le relatif où vit le citoyen « moyen » agit sur ses pensées comme sur son être et sa vie comme sur son vouloir. Cette schématique et cybernétique discrètes sont à prendre en compte pour passer de la philosophie de l'homme de bien à l'anthropologie du tel quel.
Labyrinthe inachevé
Le parcours de la gouge dans ce labyrinthe en vue butte contre des talus, murs de plus en plus nombreux qui forment, la fatigue aidant, une forteresse. Le graveur modifie la finalité à atteindre : ce ne sera pas un renoncement mais un projet inachevé de labyrinthe qui rejoindra plus fortement le rapport imagé aux difficultés dans l'ouvrage. Ces difficultés, quelles sont-elles ? Pour graver, le manche ne fait pas seulement partie de la manutention ; il relève d'une protection car, arrondi et élargi, il s'oppose, en force de réaction, à l'avancée de la pointe. Mais la durée du travail contraint néanmoins le graveur à prendre une pause car en plus, il y a cette pointe à juguler par l'index en appui qui constamment dose l'effort et oriente le trait. Ainsi le trajet se modifie : la visée n'est pas toujours amoindrie pour autant : ici, le graveur se met à détourer le cloisonnement ; il a perçu que le champlevé qui reste à faire pouvait produire l'image d'un noyau dur à mettre en évidence, cette forteresse invoquée.
La performance errante des mises en actions du disponible technique me fait penser que la production s'oppose à la fabrication comme le labyrinthe à la structure.