
(Voile là, pour toi, le non-navigateur qui plane (pratique le planage) et planifie
A la recherche de nouveaux dispositifs permettant de connaître d’autres mondes que la peinture à l’huile, (aller, va pour l’acrylique) j’ai longuement hésité entre la technique de voile qui présente l’avantage d’introduire de l’énergie dans mon activité mais au risque de faire gîter le tableau et la planification qui faisait entrer le hors champ dans le plan pictural mais vers des horizons spéculatifs incommensurables au non vu du bide actuel des spéculations financières.
Vais-je finalement battre en retraite ? Ça me paraît certain plus j’avance dans le temps.
Avant cela revenons sur le déplacement de la toile vers la voile : comment faire apparaître la distinction entre le moment où la voile s’utilise comme moyen et celui où c’est la fin préfabriquée qui se montre ? Je me dis que je ne peux pas me contenter d’une « navigation sur la toile » et autres métaphores que d’aucun prennent pour des sémaphores. Je me dois de rendre compte de cette téléologie qui ne regarde pas les choses de loin.
« Mettre les voiles »
La voile est moyen et elle ne l’est pas : la voile affalée sous le vent de la grand-voile sans qu’aucun équipier n’ait à se placer sur le pont apparaît comme fin, surtout lorsqu’elle est dans la tortue. C’est l’action qui domine, et elle domine lorsque, pleinement occupé à cette fin l’on hisse le spinnaker qui doit être gréé (moyen) avant d’être hissé (fin). En somme, par l’action, la voile change de statut. Si je considère maintenant le moyen disponible, je sais qu’il peut être mis en action tant que la toile n’est pas déchirée : pour cela, il n’y a rien à faire, mis à part le fait que la voile est embarquée. Venons en plus maintenant à cette opposition entre ce moyen technique qui se passe de mes mouvements et le dispositif de la voile qui manifeste cette même fin technique. Notons d’abord que le matériau qui assure l’étanchéité dans le rapport au vent n’a pas toujours été de la même matière, mais négligeons ce fait de négligence, ce ne sont pas les qualités qui sont en cause et plus, en action, mais les quantités. L’unité de la voile n’assure que le moyen, il me faut l’appareiller, c’est à dire lui conférer un point d’armure, faute de quoi elle n’est intégrable à aucun dispositif : celui-ci apparaît donc comme ce qui matériellement est nécessaire pour que quelque chose s’envisage et plus, se fasse : dès lors la voile détient un programme d’action…qui peut se complexifier : trapèze qui organise ma suspension au-dessus des flots, et le planage en dehors du cockpit. J’ai tendance à penser que le hors champ de ma planification n’est pas loin.

La planification
Mettre le monde à plat et se déplacer ensuite dans ce seul plan, c’est le pouvoir magique de la planification. Le dispositif du plan associé au crayon ou pinceau ne fut rien moins que la voie d’accès à l’art abstrait où se joua l’opposition entre peindre et dépeindre. L’espace plan n’est pas confiné à la peinture et l’activité prévisionnelle s’en est emparé pour produire un espace temps, du planning limité à cette petite partie d’un mur de bureau au lieu en apparence dématérialisé de mon ordinateur. Planifier désigne certes ce fait abstrait organisationnel d’une répartition des forces dans le temps de sorte que les moyens puissent être effectivement disponibles pour assurer les fins mais sans le calendrier, le graphe, l’allocation des ressources dans un tableau synoptique, l’unité de l’affaire serait compromise par des commandes contradictoires en raison d’une cohérence logique vite limitée devant la complexité du réel. La peinture s’ouvre- t-elle à de nouveaux horizons par ce dispositif (le plateforming rassemblant des activités diverses dans de grands hangars élargit le plan dans une autre perspective, à l'opposé d'une recherche d'homogénéité) qui la plonge dans le temps historique ? Retenons le fait que le dispositif ne connaît pas ce qu’il gère et traite indifféremment de l’image à vocation de transcription de l’espace visuel et de la projection dans le temps où l’espace a sa place mais dans l’invisibilité du signe. Devant ce planning, je suis dans la couleur avivée d’aujourd’hui et dans celle de demain marqué d’une autre nuance, je suis et je serai, avec ou sans untel, à telle heure ou nullement, néantisé par l’inutilité de ma présence, case vide. La planification me met à plat comme elle me regonfle pour le jour j. Et à l’heure h, je ne plane plus…quoique…