jeudi 15 février 2007


Sectorisation du plan et adressage

Tandis que le jardinier indiscipliné recherche le lieu où la graine aurait dû pousser et qu’il n’a que ses yeux pour inspecter la parcelle hypothétique, l’informaticien s’appuie sur une adresse liée à l’enregistrement dans une mémoire artificielle. Il lui suffit de lancer une recherche et un moteur fera le reste. Encore faut-il que la requête soit orientée vers le bon dossier, la bonne date, le bon titre, etc., ce qui suppose une exactitude jusque dans les caractères des lettres. Très vite, l’explorateur informaticien est confronté à un labyrinthe alors qu’inversement, la division du jardin en plates-bandes restreint les possibilités et facilite ainsi l’action du jardinier. Certes, il y a l’action du vent sur les graines et l’éclatement des gousses qui les disperse encore : il n’est pas certain que le pavot essaime sur place : d’années en années on le voit réapparaître ici ou là dans des endroits inattendus et il faudra bien s’en accommoder car il supporte difficilement la transplantation. La taupe aussi, fuyant l’euphorbe, dicte au jardinier le respect des emplacements erratiques de la plante antidote. Bref, tout n’est pas contrôlable et l’homme de terrain a fait un pacte avec la nature qui l’amène à accepter quelques débordements de croissance végétale : butte de compost de Loeiza et Philippe qu’il faut « encucurbitacer » sinon la mauvaise herbe la coiffera et l’épuisera à pure perte, couvre sol du fraisier pour assurer le frais l’été sous mon rhododendron ou pour éviter la colonisation du lierre : moindre maux en somme.

Il est de même des dossiers fourre-tout qui résistent au classement : leur libellé ne force en rien la décision d’y sauvegarder tel fichier : « Mes documents » se subdivise en sous-dossiers : « Ma musique », « Mes images », « Mes textes » ; le constructeur a beau souligner l’appartenance à quelqu’un, celui-ci, exploitant, n’est pas certain que toutes ces musiques, ces images, ces textes soient de lui, ce qui favorise la déstabilisation de son classement…Pour tout dire, les divisions qui préexistent sur ce terrain de l’ordinateur correspondent à d’autres plans, d’autres zones, pour agréer le mot de Marc. On opposera facilement qu’il y a Linux et d’autres systèmes d’exploitation qui n’offrent pas du tout prêt mais au moment où il s’agit de penser les catégories de dossier, devant l’écran vierge, l’exploitant pour le coup constructeur, se rabat sur une aide : un livre ou un site. Il y a les meilleurs classements comme il y a les meilleures façons de sectoriser le jardin et de pratiquer les assolements . Ce sont les concours de jardin qui se font alors terrains de sport, court de tennis comme cette œuvre de Gilles Bruni et Marc Babarit le donne à voir (Installation "Le jardin dans la friche", Pau, septembre 2004) . Mais le trèfle incarnat est-il cultivé pour son azote, son fourrage ou sa couleur d’ornement ? Il n’est pas certain que tel texte prospectus publicitaire ait sa place dans la catégorie « automobiles », la lecture technique prend parfois une tournure humoristique ou poétique sans frontière. Alors il faut faire deux sauvegardes mais attention à la mémoire qui flanche.

dimanche 11 février 2007

Jardinage et informatique (suite)

D’emblée, le jeu de mots s’interpose entre la réalité de la terre ameublée, aplanie et nous d’horizons divers. Leur mythe peut être porteur : passons sur « le plantage » qui dit cependant qu’aucun profit de plantation n’est à escompter dans le rapport à l’ordinateur qui s’immobilise comme le légume. La planification m’interroge un peu plus : le mot semble établir la reconnaissance d’une fin installée dans ce plan utile que nos yeux voient d’un seul coup d’œil en réunissant dans un même plan, comme un tableau synoptique, ce qui était séparé : vision d’ensemble outillée par la mise à plat qui unifie artificiellement certes mais qui néanmoins participe à la cohésion de la pensée. Les relations de proximité entre les lettres, entre les lignes comme dans le dessin, aident empiriquement et magiquement à la constitution de rapports sciento ou mytho-logiques, même s’il ne les font pas. Finalement, le mot est un aveu de dépendance par rapport à cette surface plane, ce champ lisse limité qui consigne les faits à mettre en rapport. Il dit principalement la part de finalité déjà là dans la technique : planifier, c’est d’abord utiliser un plan qui va faire son travail de planification : des cases à remplir, des doubles entrées, etc…Un glissement de sens s’impose donc : la planification relève aussi ergologiquement de la tâche et son dispositif comprend le plan matériel.

Dans le jardin on dispose d’un plan trouable et avec l’ordinateur de deux plans : un clavier, plan à bosses, tableau de commande, et un écran, plan à couleurs, écran de contrôle et de commande. La suggestion d’Anna de mettre en continuité le portable avec la plate bande de choux fait valoir cette similarité dans l’outillage : on frappe et l’on clique avec les doigts sur le clavier ou la souris pour programmer ou pour commander l’apparition d’une couleur tandis qu’à défaut de plantoir on fait un trou dans la terre pour commander l’apparition ou le développement de la graine ou du plant. Anna rapporte qu’elle a pu constater ponctuellement avec une personne âgée la confusion entre le clavier de commande du téléphone et le plan de l’écriture, le doigt tentant de commander l’appel en pressant directement sur les numéros de l’agenda. On n’est pas loin de cette réalité avec l’écran où la fin (le résultat) s’affiche sur le même plan que les moyens (le menu), comme la palette sur le même plan que le tableau.

Quant à la question de Dominique de savoir s’il s’agit d’électronique ou d’informatique, je choisis l’informatique en tant qu’équipement électronique destiné à produire de l’information ; il est vrai que j’intègre au propos les tableaux de commandes (tel, celui du radio-guidage) qui relèvent plutôt de la dynamique au sens de secteur industriel défini par Philippe Bruneau et Pierre-Yves Balut.

lundi 5 février 2007

Le travail a ses raisons


Qu'est-ce que l'ergotropie qui justifie ce blog? Une raison de faire principale, la raison que toute activité incorpore qu'elle ait lieu à main nue ou dotée d'un équipement complexe, qu'on s'y prenne comme un manche ou avec grande ingéniosité, que le résultat soit hautement performant ou que l'inefficacité soit maximale.
Dès lors qu'on en parle, l'ergotropie devient ergologie: analyse par les mots de ce qui se passe de mots. Il n'empêche que l'écriture, si elle ne se substitue pas à l'activité qu'elle transcrit, peut suggérer l'analyse qui se fait dans le travail. C'est ce pari qui est lancé ici.
Pour commencer, je propose qu'on s'intéresse à une activité, qu'on la confronte à une autre très différente a priori. Par exemple, le jardinage et l'informatique: on n'écrit pas sur un écran comme on plante dans un jardin, bien qu'à certains égards...Si l'on considère le plan, il est dans le sol du jardin comme dans l'écran de l'ordinateur...Qu'en pensez-vous?