
Sectorisation du plan et adressage
Tandis que le jardinier indiscipliné recherche le lieu où la graine aurait dû pousser et qu’il n’a que ses yeux pour inspecter la parcelle hypothétique, l’informaticien s’appuie sur une adresse liée à l’enregistrement dans une mémoire artificielle. Il lui suffit de lancer une recherche et un moteur fera le reste. Encore faut-il que la requête soit orientée vers le bon dossier, la bonne date, le bon titre, etc., ce qui suppose une exactitude jusque dans les caractères des lettres. Très vite, l’explorateur informaticien est confronté à un labyrinthe alors qu’inversement, la division du jardin en plates-bandes restreint les possibilités et facilite ainsi l’action du jardinier. Certes, il y a l’action du vent sur les graines et l’éclatement des gousses qui les disperse encore : il n’est pas certain que le pavot essaime sur place : d’années en années on le voit réapparaître ici ou là dans des endroits inattendus et il faudra bien s’en accommoder car il supporte difficilement la transplantation. La taupe aussi, fuyant l’euphorbe, dicte au jardinier le respect des emplacements erratiques de la plante antidote. Bref, tout n’est pas contrôlable et l’homme de terrain a fait un pacte avec la nature qui l’amène à accepter quelques débordements de croissance végétale : butte de compost de Loeiza et Philippe qu’il faut « encucurbitacer » sinon la mauvaise herbe la coiffera et l’épuisera à pure perte, couvre sol du fraisier pour assurer le frais l’été sous mon rhododendron ou pour éviter la colonisation du lierre : moindre maux en somme.
Il est de même des dossiers fourre-tout qui résistent au classement : leur libellé ne force en rien la décision d’y sauvegarder tel fichier : « Mes documents » se subdivise en sous-dossiers : « Ma musique », « Mes images », « Mes textes » ; le constructeur a beau souligner l’appartenance à quelqu’un, celui-ci, exploitant, n’est pas certain que toutes ces musiques, ces images, ces textes soient de lui, ce qui favorise la déstabilisation de son classement…Pour tout dire, les divisions qui préexistent sur ce terrain de l’ordinateur correspondent à d’autres plans, d’autres zones, pour agréer le mot de Marc. On opposera facilement qu’il y a Linux et d’autres systèmes d’exploitation qui n’offrent pas du tout prêt mais au moment où il s’agit de penser les catégories de dossier, devant l’écran vierge, l’exploitant pour le coup constructeur, se rabat sur une aide : un livre ou un site. Il y a les meilleurs classements comme il y a les meilleures façons de sectoriser le jardin et de pratiquer les assolements . Ce sont les concours de jardin qui se font alors terrains de sport, court de tennis comme cette œuvre de Gilles Bruni et Marc Babarit le donne à voir (Installation "Le jardin dans la friche", Pau, septembre 2004) . Mais le trèfle incarnat est-il cultivé pour son azote, son fourrage ou sa couleur d’ornement ? Il n’est pas certain que tel texte prospectus publicitaire ait sa place dans la catégorie « automobiles », la lecture technique prend parfois une tournure humoristique ou poétique sans frontière. Alors il faut faire deux sauvegardes mais attention à la mémoire qui flanche.